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Quand je pense que Dheepan est la palme d’or de cette année, je me dis qu’on peut être fier de notre cinéma hexagonal… mais que de toute évidence il n’aura pas un impact aussi positif qu’Amélie Poulain sur le tourisme français… trêve de plaisanterie douteuse! Jacques Audiard, notre maître incontesté du réalisme à la Zola, nous emmène cette fois-ci dans le cœur des cités.
Audiard délivre ici comme à son habitude un beau film, qui nous plonge directement dans le thème de l’émigration et les ghettos de région parisienne, à la croisée entre Samba et la Haine. Mais pour autant, Dheepan, aussi beau soit-il, n’est à mon goût pas aussi abouti que les deux films que je viens de citer. Ni suffisamment subtil, ni suffisamment coup de poing, il présente une partie de la terrible réalité de nos banlieues, sans toutefois vraiment la nuancer.

dheepan2Dheepan se centre sur le personnage éponyme, ancien soldat sri-lankais qui pour fuir le pays a dû s’allier avec Yalini, une jeune femme de 26 ans et Illayaal, orpheline de 9 ans, et ainsi créer une famille de toute pièce pour obtenir de faux papiers, et aller en France. Une fois sur place, Dheepan devient vite gardien d’immeuble, dans un groupe de barres HLM au Pré-saint-Gervais, en Seine saint Denis. Autant dire que ce n’est pas l’endroit le plus charmant de France… la famille recomposée devra donc apprendre à vivre au milieu des trafics de drogues, la violence qui en découle, et une culture musulmane dominante. Audiard distille son propos à travers le regard du couple recomposé, pour nous faire ressentir l’angoisse passée, présente et future que représente leur statut, leur adaptation fragile à un environnement où tout et surtout  la langue leur est inconnu, entre l’espoir d’une vie meilleure, les fantômes de la guerre, et l’attente des papiers officiels.

dheepan1Si la première partie du film est un magnifique exemple d’ultra-réalisme, qui nous plonge dans cette condition de migrant, telle qu’elle est, sans mélo, sans dureté inutile, il apparaît dans la deuxième partie du film que le vrai sujet abordé par Audiard, est en fait la Banlieue, celle tant redoutée dans l’imaginaire des français, celle des no man’s land où même la police n’entre pas. C’est là où le parti pris du réalisateur devient évident, voire trop évident, en comparant presque les guerres de gangs avec la guerre contre les Tigres au Sri Lanka, et en frôlant le raccourci honteux sur la scène finale. Est-ce un élan de chauvinisme de ma part de penser qu’on ne peut pas présenter le Royaume-Uni comme le rêve de tout migrant, sans apporter la moindre nuance ? Certes la France n’est pas « le monde des bisounours », mais cette simplification proposée en conclusion me dérange fortement.

En bref, ce n’est pas le meilleur film d’Audiard, pas aussi fort et marquant que Le prophète, mais cela reste un très bon film français ; ce qui est discutable, c’est le message du réalisateur, mais pas son talent, qui est omniprésent dans le film.

Avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby

Production: Why Not productions

Distribution France: UGC Distribution

the voicesCe n’est pas sur un film de serial killer qu’on aurait attendu de la part de Marjane Satrapi, auteur-dessinatrice et réalisatrice du fabuleux Persepolis. Pari risqué pour la franco-iranienne, mais pari réussi. Car The Voices, est sans contexte un excellent film hors des sentiers battus.

Jerry est ouvrier dans une usine de baignoires dans la petite ville américaine de Milton. Sa petite vie tranquille se résume à son travail, ses rendez-vous chez la psy, et ses conversations avec Bosco et Monsieur Moustache, ses deux meilleurs amis…son chien et son chat. Eh oui, derrière son sourire angélique, sa bonhomie inscrite dans chaque trait, Jerry est schizophrène. Tout va bien, jusqu’au jour où Jerry rencontre Fiona la British sexy du service comptable, dont il tombe éperdument amoureux. Et sur un honnête malentendu, Jerry tue Fiona…ce qui commencera une spirale dans laquelle Jerry, gentil psychopathe au bon fond, s’enfoncera.

the voices2On sent la patte de la dessinatrice dans ce film, dont l’image est ultra travaillée, puisque l’état d’esprit de Jerry, où tout est plus fort, plus extrême, transparaît à travers ce travail de l’image, des couleurs, des lumières, des plans. L’enchaînement des séquences, opposant la vie du protagoniste à celle des autres gens, sa vision de son univers et celle des personnes extérieures, nous permettent de prendre la mesure de la folie du personnage.Tout est étudié au moindre détail prêt. C’est je pense pourquoi il est rare de voir un film qui dépeint si bien le mal dont souffrent les schizophrènes, sans tomber dans le pathos ou le cas d’études.

 

the voices1The Voices est à l’image de la vie de Jerry, entre explosions de couleurs pastel, musique pop vintage et joie extrêmes, souvenirs sombres et refoulés, et thriller oppressant. On navigue d’un genre à un autre d’une manière extrêmement naturelle, et on rentre dans cette petite routine où les frontières entre réalité et hallucinations sont floues, où le bien et le mal se confondent. Il est difficile de ne pas aimer le personnage de Jerry, tellement adorable, pris entre ses deux animaux de compagnie ange et démon, aux conseils contradictoires, et lui, piégé au milieu de cette relation chat et chien personnifiée. Et c’est ça, ce qui est terrifiant dans The Voices: on met très longtemps avant d’accepter que Jerry puisse être notre pire cauchemar…

the voices3Ryan Reynolds était sûrement le meilleur choix possible pour ce film. Dès les premières minutes du film on en est convaincus. Avec son petit air si naïf, si mignon (choisir un des « sex symbols » les plus à la mode à Hollywood renforce encore plus cet impression) on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Personne ne paraît aussi inoffensif que notre petit Jerry. Et pourtant, subtilement, Reynolds sait nous montrer sa part d’ombre, nous laisser deviner l’étendue de son côté obscur sans jamais en faire démonstration.

The Voices, est un film particulièrement intelligent, à la fois drôle et gênant. On commence par ne voir que le côté humoristique du film, puis la folie monte, progressivement, et commence à nous glacer le sang. Marjane Satrapi n’a clairement pas fini de nous surprendre, et j’attends son prochain défi avec impatience.

Avec Ryan Reynolds, Gemma Arterton, Anna Kendrick

Production: Mandalay Vision, Vertigo Entertainment, Studio Babelsberg

Distribution France: Le Pacte

kingsman-posterDès les premières secondes du film, j’ai senti que je commençais bien le weekend. J’avais choisi le parfait film pour ça ! À peine les premières images et qu’est-ce que j’entends ? Money for nothing de Dire Straits, une de mes chansons fétiches, qui, il faut le reconnaître, file la banane, la pêche, la patate..ce que vous voulez. Rien de mieux pour attirer mon attention (oui oui, je suis persuadée que Matthew Vaughn a fait son film en pensant à ma réaction, bien sûr!) Et paf, ça part dans tous les sens, on est projetés dans une scène d’introduction et un générique survitaminés, ultra travaillés pour donner une première impression qui donnera le ton pour la suite. Pas le temps de rire, c’est du sérieux !

Et pourtant, Kingsman est une des meilleures comédies du moment. En reprenant habilement le genre de l’espionnage, dont le plus réputé de tous les agents est bien sûr leur James Bond national, qui aura fait et continue de faire le tour du monde comme le meilleur ambassadeur de la classe britannique, Matthew Vaughn entreprend de moderniser le genre, en adaptant au cinéma cette bande dessinée à succès.

Kingsman3Le film commence par la mort d un jeune agent en formation chez les Kingsmen. Qui sont les Kingsmen ? Bonne question. C’est une agence de renseignement ultra secrète, composée d’un petit groupe d’espions ayant comme noms de code les patronymes des membres de la table ronde, et comme coubverture un atelier de tailleur. Lorsque l’un d’entre eux meurent, on le remplace, mais il n’y a pas de création de poste  chez les Kingsmen !Après la mort de cet apprenti, le seul à ne pas être issu d’une lignée aristocrate, l’agent Galaad, incarné par Colin Firth, donne à sa femme et son fils Eggsy une médaille qui leur permettra de le retrouver et le contacter, si un jour ils ont besoin d’aide… 17 années passent, et Eggsy a grandi. Sa mère s’est recasée avec un malfrat du coin, et Eggsy semble plus attiré par les barreaux que par les études. Et alors qu’il se retrouve au commissariat, dos au mur et à deux doigts d’effectivement finir en prison, Eggsy contacte enfin Galaad…Galaad décide alors de sortir Eggsy de cette situation et de l’intégrer a la sélection du nouveau Kingsman après la mort de Lancelot…ou pour résumer: un prolo chez les aristos, dans un processus initiatique qui rappelle bien un autre prolo anglais populaire, Harry Potter qui débarque à l’école des sorciers. La version moins naïve et plus musclée bien sûr !

Kingsman1Ce qui est intéressant avec Kingsman, c’est que cette comédie est beaucoup plus qu’un simple divertissement. elle en dit long sur une certaine société britannique, sur l’identité britannique, la « Britishness » et son sens a l’ère contemporaine. Faut-il être un de ces riches gentlemen pour incarner les valeurs nobles anglaises sur le grand écran? James Bond aurait-il pu être un prolétaire venant d un quartier défavorisé? Dans ce film « 100% so British » qui ne plaisante pas avec les valeurs de sa Majesté (certaines choses se respectent en toutes circonstances, comme les bonnes manières…ou le bon whisky!) on nous livre une étude sociologique qui nous donne la solution. on ne naît pas gentleman, on le devient. Et par contre, quand on est un vilain américain, on mange MacDo, on s’habite en survêt’ orange fluo et en casquette toute moche: incarné par un Samuel L.Jackson qui imite parfaitement le cheveux sur la langue, notre antagoniste à la Steve Jobs ayant pété les plombs est un bon moment de cinéma.

Kingsman2On ressort du film, réconcilié entre les 2 générations. Kingsmen est un clash entre la vieille école des films d’espions traditionnels, les vieux James Bond dont certains auront sûrement la nostalgie, et les nouvelles écoles, dont les diverses influences créent presque une nouvelle culture cinématographique. Or dans le film, les deux générations, incarnées par Colin Firth et Taron Egerton, se toisent, se respectent, et se passent le flambeau, avec des scènes de combats a la fois so British (c’est fou tout ce qu’on peut faire avec un parapluie, vraiment!), et orchestrées presque comme un jeu vidéo grandeur nature ou un Walking Dead en moins crade. Une explosion déjantée de culture pop dans nos mirettes, et des tractions pour nos zygomatiques, sur fond de bande sonore Best of Rock.


Kingsman4Au final, c’est un grand hommage a la tradition de la vieille garde, leur costumes a la classe intemporelle, leur flegme caractérisant, et surtout les gadgets si futiles en apparence mais plus affûtés qu’un couteau suisse sortant de l’aiguiseur. comme si Matthew Vaughn souhaitait nous dire, oui, la nouvelle génération sait s’y prendre aussi, mais elle respecte et s’inspire de ce qui s’est fait avant, car notre passé n’est pas ringard mais fait partie de nous…c’est beau, mais c’est surtout l’humour British a son « must ». Précieux et fin il sait l’être moins aussi, mais toujours avec l’élégance que nous connaissons a notre chers voisins de l’autre cote de la manche!

En bref, Kingsman est un joyeux mélange d’influences qui nous prouve que le cinéma anglais ne compte pas pour des prunes, et qu’on peut rajeunir James Bond et ses copains.

…et une dernière petite photo pour le plaisir des yeux mesdemoiselles…!! (mon côté midinette ressort, help!!)

Kingsman last

Avec Colin Firth, Michael Caine, Taron Egerton, Samuel L. Jackson, etc.
Production: 21st Century Fox, Marv Films
Distribution France: 21st Century Fox France