Voilà, je savais qu’il ne fallait pas que j’attende trois semaines pour aller voir Black Swan. Après n’avoir entendu que des éloges sur ce film, je me retrouve un peu déçue, je reste sur ma faim.
Au final la perfection n’est pas du tout ce que Nina s’imagine; la perfection n’est pas dans le regard d’autrui, mais dans la manière de vivre, intensément, et quelque part, atteindre cette perfection signifie être imparfait pour les autres, imparfait par rapport à ces propres critères. A tel point que cette perfection contrôlée, que Nina doit apprendre à rejeter pour incarner le cygne noir est reflétée par cette interprétation en apparence ennuyeuse.
Après Buried et le type coincé dans un cercueil, voici 127 heures et le type coincé dans un Canyon.
Contrairement à Rodrigo Cortes (Buried), Danny Boyle a décidé de nous faire respirer un peu, et ne nous cloisonne pas au simple espace réduit et étouffant du canyon. Non, le parti pris de notre cher ami Danny, c´est de nous faire voyager au rythme des hallucinations et fantasmes d´Aron, à travers sa vie, ses souvenirs, son histoire, ses désirs, ses regrets. Le film est donc peuplé de ses images étrangères, qui adoucissent la dureté de la situation, l´angoisse et le désespoir du présent. Tel un McGyver de dernier recours, Aron tentera tout pour se libérer, et le film tombe assez vite dans le réalisme visuellement écoeurant (mon paquet de pop-corn s´est senti délaissé vers la fin…).
Qu’on se le dise : si Colin Firth ne gagne pas l’oscar, je fais la grève des Oscars l’année prochaine.
Il en fallait du cran pour accepter d’incarner une figure si emblématique de la résistance britannique de la seconde guerre mondiale, et surtout de la sacro-sainte famille royale (à l’époque légèrement moins people…) et d’incarner un moment d’histoire si fort. Il en fallait du talent pour arriver à interpréter le roi bègue sans le ridiculiser, en montrant aussi bien sa force que sa faiblesse face à son handicap et son devoir. Un exercice que Colin Firth maîtrise tout au long du film sans jamais forcé le trait, sans jamais tomber ni dans le loufoque ni dans le pathos. Un véritable équilibriste sur le fil de l’accord parfait.
Geoffrey rush n’est pas en reste face au duc de York, tout en simplicité et naturel, un brin d’humour ironiquement déplacé face à sa majesté royale, qui rend certains passages particulièrement savoureux. L’amitié subtile entre ces deux personnages passe très bien à l’écran.
Ici, on parle de la famille royale, et mesure et discrétion sont les maîtres mots ; il faut respecter la dose adéquate de retenue British bien sûr ! Il est certain qu’on ne peut pas le nier, ce film est un pur produit anglo-saxon, presque Shakespearien dans son dosage du drame et de la comédie. La pléthore d’acteurs anglais de renom accentue le sérieux du film.
Je tiens à finir par ce que je trouve le plus important dans ce film, le plus fort et surprenant : face à une histoire en apparence assez simple, le vilain petit canard de la famille se transforme en cygne royal, le bègue apprend à moins bégayer, mais c’est justement ce mélange subtile entre simplicité du propos et complexité historico-politique qui est intéressant. Et ce qui impressionne plus que tout, c’est la dimension psychologique du personnage du duc de York, distillée petit à petit, en dose quasi homéopathique mais suffisamment en profondeur pour nous attacher à ce personnage.

Bref, un film poignant à propos d’un homme qui réussit à se surpasser. Beau, simple, so British.
Avec Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham-Carter, etc.
Production: See Saw Films, Bedlam Productions, FilmNation Entertainment, Momentum Pictures
Distribution France: WildBunch Distribution

