Archive pour la catégorie ‘Critiques de films’

affiche_PoTN 15-01Avec un tel titre on s’attend à découvrir la vie effrénée et multiculturelle d’ une mégalopole islandaise. Bon, quand on sait que la population de l’Islande est de 325000 habitants on sent vite le coup fourré… ce titre est en effet bien teinté d’ironie!

Paris of the North est en fait un petit village, où Hugo, jeune instituteur est venu se réfugier. Loin de la ville et son tumulte, son alcool coulant à flot, ses souvenirs durs à gérer… Hugo s’est construit une vie reculée de tout au village, où il passe le plus clair de son temps à courir. Courir pour oublier, pour compenser, pour retrouver une paix intérieure et communier avec cette nature environnante incroyable. Jusqu’à ce que Viegar, son père parti en Thaïlande quelques années auparavant, ne décide de lui rendre une visite… Adieu la paix intérieure.

paris-of-the-north1Dit comme ça le film parait un drame nordique a glacer le sang et a faire comprendre les taux de suicide des pays nordiques. Mais en fait, Paris of the North est une histoire pleine d humour qui prend du recul sur les relations humaines et surtout père / fils, et sur ce village reculé comme symbole de refuge, de fuite.

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir de bons parents, c’est particulièrement clair dans Paris of the North, avec Viegar en éternel fuyeur de responsabilités, sans gêne lorsqu’il s’agit de draguer l’ex de son fils, de remplir de bières le frigo de son fils alcoolique repenti. Un vrai cas. Mais ce qui est intéressant, c’est aussi cette réflexion sur cette relation filiale qui à partir d’un certain âge s’inverse…alors que Hugo, 37 ans, est arrivé à une certain niveau de maturité et responsabilité, son père en régression totale est en décalage permanent, surtout quand il commence à être malade et que son fils doit s’occuper de lui… la relation père- fils s’inverse donc, d’une manière bien amenée, dure et tendre à la fois, mais jamais sans tomber dans le pathos.

paris-of-the-north2D’un autre côté le film se centre sur la transition d’Hugo, ex dépressif et alcoolique qui s’inflige une retraite parfaite dans cette nature éloignée de tout. Isolé des tentations, de sa vie normale, il fuit, décide de ne pas vivre pour ne pas souffrir. E core attaché à son ex qui vit désormais au Portugal, il prend des cours de portugais, ce qui au fin fond de cette nature islandaise environnante crée un décalage assez amusant. Ex alcoolique, il assiste à des réunions d’alcooliques anonymes…dont les deux seuls autres membres sont le père de son ex…et l’ex de son ex. Gênant et jubilatoire à souhait.
paris-of-the-northCe qui nous marque dans ce film c’est omniprésence de cette montagne, énorme, imposante, massive. Une montagne qui inspire force et stabilité, comme si Hugo s’était réfugié auprès d’elle pour trouver la force et la paix dont il a besoin pour reprendre le cours de sa vie, telle une figure quasi maternelle berçante et rassurante à la fois.

Le film montre tout autant un aperçu de la société rurale islandaise que les relations humaines universelles auxquelles nous connectons sans problème. Avec humour et finesse, Hafsteinn Gunnar Sigurðsson nous emmène là où il veut, et au lieu de nous déprimer avec un sujet dur, il nous laisse une bonne dose d’espoir pour reprendre la route de notre vie.

 

Cast: Avec Björn Thors, Helgi Björnsson, Nanna Kristin Magnusdottir 

Production: Zik Zak Filmworks

Distribution France: Arizona Films

l'enquêteVoici un film qui nous explique l’affaire Clearstream, de manière assez didactique pour qu’on puisse dire ça y est j’ai compris…qu’on ne sait pas grand chose !

L’enquête suit Denis Robert, journaliste d’investigation chez Libération, qui démissionne au début du film et va dès lors mener ses propres enquêtes indépendantes. Ainsi commencera-t-il à enquêter sur des banques luxembourgeoises sans se rendre compte de l’ampleur de l’affaire…

De là commence une spirale infernale pour le journaliste, une enquête incroyable, unique, « l’affaire des affaires » selon lui ; une enquête qui remontera au plus haut de l’Etat français, et le liera ad vitam æternam à un scandale politique dont les tenants et aboutissants ne sont toujours pas éclaircis.

 

l'enquete1Ce film, très didactique, retrace précisément, chronologiquement, les détails de l’enquête menée par Denis Robert. Malheureusement c’est tout ce que ça nous fait : un cours d’ »histoire » sur un sujet un peu has been mais sensationnel. L’enquête monte en effet en puissance petit à petit, on ne décroche pas, mais on n’est jamais emporté. On s’attendait à plus de peps, plus de thriller dans ce « dessous de scandale », mais tout ceci est dilué dans une longueur qui se fait assez vite sentir, une narration un peu trop linéaire, et un grand manque de profondeur.

l'enquete3Les personnages et leur psychologie sont à peine effleurés, Vincent Garenq ne s’intéresse pas assez aux personnages en dehors de leurs motivations liées à l’enquête, ce qui, pour le personnage de Denis Robert, nous empêche de vraiment nous attacher à lui, malgré un Gilles Lellouche à nouveau dans un rôle charismatique (et caractériel) à souhait. On tombe donc dans le pathos un peu trop facilement sans avoir saisi les personnages. Et ce pathos, ce côté un peu « soapisant » dans la réalisation (et la musique qui en rajoute une couche…sandale, gloire et beauté!) n’est pas du tout ce qu’on voulait voir… personnellement j’attendais, à la vue de la bande-annonce, une enquête plus punchy, plus noire, un peu polar, et non pas ce thriller somme toute assez plat et traditionnel.

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Cette réalité folle, dans laquelle les banques gagnent face à la justice, est bien plus impressionnante que sa retranscription à l’écran. Ce qui fascine, c’est de comprendre qu’on peut rêver d’un monde meilleur, plus juste, mais alors le réveil sonne et nous replonge dans notre cauchemar quotidien, notre monde bien-aimé mais corrompu et injuste. Au final le film aura bien commencé, mais nous aura perdus en milieu de chemin, par son aspect un peu scolaire et son manque d’âme et d’atmosphère… L’enquête est un bon film, instructif et prenant, mais clairement pas du grand art.

Avec Gilles Lellouche, Charles Berling, Laurent Capelluto…

Production: Samsa Films, nord-Ouest Productions, Artémis Productions,  France 3 Cinéma, Mars Films, Belgacom TV.

Distribution France: Mars Films

Distribution internationale: Films Distribution

le prix à payerVoila un documentaire que nos chers « libertariens » américains taxeraient de communiste je crois… Comment?? Il y aurait un problème dans le monde de la finance actuelle? On ne devrait moralement pas mettre des milliards de revenus d’entreprise dans des paradis fiscaux?? Mais, où va le monde?! 
Le prix a payer commence par un parallèle entre l’époque pré-révolutionnaire française et aujourd’hui avec la montée des extrêmes politiques en temps de crise, montrant que nous sommes en fait en train de revenir petit a petit à une société aussi inégale, ou les riches ont de plus en plus de privilèges et de richesses et les pauvres et classes moyennes basses se retrouvent a supporter les impôts et taxes en tous genres. Alors oui, ça parait un peu moralisateur dit comme ça, mais ce doc est édifiant. Et un peu de morale de temps en temps ne fait pas de mal à notre sens éthique, pour ceux qui s’en encombrent encore…

Ce film a une problématique très simple : comment arriver à limiter les dégâts des dérives de la « Planète finance » sur nos sociétés? on commence par nous expliquer les origines historiques de la possibilité de ces dérives, merci la Grande Bretagne, et la fainéantise de Guillaume le Conquérant et nos chers compatriotes français (Cocorico un jour…) qui n’ont jamais pris La City et ont ainsi permis l’installation de lois à part dans cette partie de la région londonienne, qui donnera, bien bien plus tard, les origines des paradis fiscaux, et qui s’étendront aux différentes colonies puis ex-colonies britanniques comme les îles Caïmans, l’île de Jersey, etc. Les autres États ne pouvant pas lutter contre ce système, s’y mettront aussi, et permettront au « flou réglementaire » financier actuel de se mettre en place et de devenir la règle. Bien que le monde de la finance brasse tant de milliards, les gains des entreprises, de la finance mais aussi de l’économie numérique, ou autres multinationales en tous genres profitent de ce système dématérialisé pour réduire leur niveau de taxe au plus bas, ne reversant ainsi presque rien pour les populations dans les économies locales. Mais alors qu’une taxe sur la spéculation financière pourrait permettre sinon de solutionner le problème mais au moins permettre une certaine redistribution des bénéfices sans pour autant ruiner le système, les politiciens du monde occidental ne sont pas prêts à faire passer des lois dans le sens de cette « taxe Robin des Bois », trop effrayés de voir partir les grandes banques et sièges dans des territoires plus « flexibles ». Voilà un résumé qui prend quelques raccourcis sur la complexité du sujet, et qui manque d’illustrations hautement explicites, mais bon, pardonnez à la novice que je suis d’essayer de transmettre un propos qui me dépasse haha
Tout d’abord, ce documentaire est particulièrement bien documenté et  expliqué: Personnellement je ne suis ni économiste ni banquière, et je manipule bien  mieux les mots que les chiffres (du moins j’espère…sinon ce blog n’a vraiment aucun avenir!). Pourtant j’ai eu l impression de vraiment saisir les enjeux du film, et plus largement du problème politico-financier qui a tant de répercussions sur notre société. C est dire comme ce doc est didactique. Beaucoup d’informations à retenir, on ne peut pas perdre sa concentration sous peine de ne plus suivre, mais les enjeux sont exposés de manière simplifiée et surtout qui sonne juste. Chaque témoignage, interview d’intervenants tous plus qualifiés les uns que les autres que les autres pour parler du sujet, est frappant et nous donne une image bien  claire et synthétique du problème, tout en nous rappelant comment on en est arrivés la.

Le contenu est donc certes saisissant, mais il faut aussi préciser que le montage accompagne énormément la pertinence du propos. Le message passe subtilement à travers les extraits d’auditions des grandes compagnies, à travers les images d archives qui portent toute l’ironie du capitalisme ; Oui, on peut rire devant Le prix à payer, devant l’incroyable nonchalance des entreprises fraudeuse mise en lumière par les juges des comités de lutte contre la fraude fiscale.

On comprend et veut rejeter toute l’injustice de ce monde après avoir vu ce documentaire militant qui vise juste, et qui donne envie de descendre dans la rue, tous ensemble, tels une bande de petits David contre les quelques Goliath de ce monde.

Production: InformAction Films (Canada)

Distribution France: ARP Sélection