Archive pour décembre 2009

La sortie du prochain film d’Alejandro Amenabar est annoncée en France pour le 6 janvier 2010 (déjà sorti début octobre en Espagne, ah la bande de chanceux !) que je me demande déjà comment je peux attendre encore un mois. Il s’agit d’Agora, un film avec Rachel Weisz, sur la vie de Hypatie, une femme philosophe dans l’Egypte romaine. Est-ce que les critiques sont bonnes ? Pas la moindre idée, je me refuse à les lire.

Mais c’est le petit génie du Nouveau Cinéma espagnol qui est au commande alors j’irai quoiqu’il arrive.

Pourquoi donc autant d’éloges pour ce jeune réalisateur espagnol de 37 ans ?

En France, il a peu marqué le Box Office, à part peut-être avec Les Autres, réalisé aux Etats-Unis, et avec la belle Nicole Kidman, et Mar Adentro, tourné en Espagne, avec Javier Bardem et Belen Rueda.

Il est intéressant de voir que sur une filmographie de 5 films, Amenabar a tourné aux Etats-Unis dès le troisième, signe de confiance de la part de nos amis américains à la politique d’investissement assez frileuse (le film est en fait co-produit par deux sociétés de production espagnole et la boîte de production de Tom Cruise).

Mais dans le petit monde international du cinéma, les grandes nouvelles et les immenses talents circulent vite : la vingtaine à peine entamée, le petit Alejandro réalisait déjà Tesis (1997) avec Eduardo Noriega et Ana Torrent. Une fois qu’on a vu Tesis, on n’a même pas besoin de connaître la pluie de récompenses qui a accompagné son succès commercial.

Car Tesis, mi-thriller psychologique, mi-snuff-movie, a remporté 7 Goyas en 1997 (les Goyas sont l’équivalent de nos Césars), dont ceux du meilleur nouveau réalisateur et meilleur film. Pas mal pour un premier long-métrage !

Tesis, c’est le genre de film qui ne paie pas de mine, qui se déroule dans une université et qui renifle donc le film d’horreur pour ados atardés. Oui, mais c’est sans compter sur le talent inné du jeune Alejandro qui mène le jeu, grâce non seulement à un scénario suffisamment bien écrit pour garder l’attention du spectateur (on remercie aussi Mateo Gil, le copain scénariste d’Amenabar qui signera avec lui ou sans lui le scénario de chacun de ses films), mais surtout par l’ambiance angoissante qu’il installe : est-ce un rêve ? Est-ce un film ? Amenabar joue au plus malin dans ce film au succès amplement mérité.

Un petit conseil néanmoins : ne regardez pas Tesis un soir où vous êtes seul(e)…

Voir ma critique en détail de Tesis

Voici venu le temps de Ouvre les yeux, avec Eduardo Noriega à nouveau, et Penelope Cruz.

Un film à la fois sombre, plongeant des les méandres du subconscient, comme une enquête psychologique rudement bien menée, maîtrisant l’art du flash back déconcertant. On y suit la vie de Cesar, un jeune homme qui semble avoir tout pour lui, et qui se retrouve défiguré dans un accident de voiture, provoquant son repli sur lui-même et des délires psychotiques…

Le film n’est jamais aussi simple qu’on le pense, il ne se laisse pas lire facilement, pour mieux nous perdre et nous surprendre, comme des marionnettes guidées par leur maître. Un scénario totalement génial que l’on doit aussi à Mateo Gil, des acteurs talentueux et une réalisation bien menée qui nous plonge dans l’ambiance lugubre du film sont les éléments qui font de ce deuxième film un succès.

Voir ma critique en détail de Ouvre les yeux

A noter : le film aura tellement de succès que la boîte de production de Tom Cruise l’adaptera par la suite aux Etats-Unis avec (je vous le donne en mille) Tom Cruise dans le rôle principal, et Penelope Cruz qui reprendra son rôle, sous la direction de Cameron Crowe. Ce duo (qui a l’époque le sera aussi à la ville) engendrera 100 millions de dollars au Box Office.

Amenabar n’est donc pas un total inconnu à Hollywood quand la même boîte de production Cruise/Wagner lui propose la réalisation du film Les autres, qui lui permettra de faire connaître son nom à l’international.

Il revient donc en Espagne avec une notoriété bien assise, et se lance sur un projet assez surprenant quand on considère ses premières œuvres, plus basée sur le décalage entre réalité et fiction/imaginaire et l’angoisse.

Cette fois-ci, le grand Amenabar trouve une autre angoisse à analyser, celle d’être enfermé dans un corps inerte et tétraplégique, dépendant des autres pour tout mouvement corporel, tout geste qui nous semblerait basique…

Ce film, c’est Mar Adentro. C’’est sûrement le film le plus abouti d’Alejandro, devenu grand autant par le talent que par la décennie supplémentaire. A 32 ans, il réalise un film qui ouvre la réflexion sur la mort, son véritable sens, sa relation avec la vie.

Vaut-il la peine de vivre quand on ne peut le faire comme on l’entend ? Est-ce qu’une simple survie vaut mieux qu’une mort par euthanasie, accompagné par ses proches et en toute dignité ?

C’est une question on ne peut plus adulte à laquelle s’est attelé le jeune réalisateur. Et on le remercie pour cet exercice merveilleusement réussi, tout en justesse et en sobriété, dont l’émotion n’a pas besoin d’être exagérée pour nous prendre à la gorge.

Ça ne lui suffisait pas au petit Alejandro de devenir un scénariste et réalisateur de génie, il fallait en plus qu’il soit compositeur de musique ! Et doué de surcroît !C’est grâce à son talent que l’atmosphère s’installe si bien dans Mar Adentro, tantôt pleine d’espoir, tantôt dramatique.

Voir ma critique en détail de Mar Adentro

Que voulez-vous de plus pour être convaincu qu’aller voir un film d’Alejandro Amenabar est un investissement 100% sûr ? 😀

A peine sorti, et déjà je n’entendais que des éloges sur le concert.

Je ne démentirai pas ces éloges ici. J’ai adoré ! Bien sûr le film a ses petits défauts, mais ils sont minimes face à la joie qu’il nous procure.

Dès la lecture du synopsis, on comprend que Le concert va être une comédie bien particulière : sur un fond historique et social, on nous brode une comédie tirée par les cheveux, pour notre plus grand plaisir. Andrei Filipov, l’ancien maestro de l’âge d’or du Bolchoï qui avait perdu sa place en tenant tête à la décision de Brejnev d’exclure tous les juifs de l’orchestre, est à présent homme de ménage, espérant toujours un retour sur scène depuis près de 30 ans… Un jour, en nettoyant le bureau du directeur, il intercepte un Fax du théâtre du Chatelet, demandant à l’orchestre du Bolchoï de se rendre à Paris pour une manifestation unique… Le fax restera entre les mains d’Andrei, et de ses comparses, prêts à tout pour retrouver la gloire d’antan, et visiter Paris ! Andrei n’aura qu’une requête : jouer avec Anne-Marie Jacquet, une violoniste française de renom…

Et voici le pitch d’une des meilleures comédies de l’année. Par certains côtés, Le Concert fait penser au film anglais Les Virtuoses de Mark Herman (Brassed off), revu bien entendu à la sauce russe. Il s’agit de rédemption par la musique, de découverte de soi à travers les notes merveilleuses produites par chaque instrument, telles des milliers de gouttes de lumière dans le cœur du public, et surtout des musiciens.

Ce qui fait la fraîcheur de ce film, ce qui le fait resplendir et qui lui vaut tant de bonnes critiques, c’est sa capacité à nous transporter, à nous faire retomber en enfance l’espace de quelques minutes, à l’époque où l’on croyait encore aux contes de fée. Car c’est le plus beau des contes de fée que l’on nous propose, irréaliste à souhait, farfelu comme il faut, et émouvant tout le temps. Le Concert est un joyeux n’importe quoi qui sonne juste, et malgré un fond saugrenu qui part un peu trop dans les tonalités extrêmes, on lui pardonne tout pour quelques minutes supplémentaires de bonne humeur, de bons sentiments et de plaisir oculaire.

Le Concert pratique avec une forte autodérision le cliché des russes un peu sauvages, pas mal bourrus. C’est un bazar de furies qui débarquent à Paris, comme un ouragan annoncé qui vient tout détruire sur son passage. C’est pourquoi il est difficile d’imaginer cette bande d’hurluberlus en musiciens de génie, d’où un plus grand plaisir des oreilles, à chaque passage musical.

Le Concert est donc un très bon film, qui a le mérite de parler de l’époque communiste sans insister lourdement, pour faire plutôt place à l’émotion et l’art plus qu’à la politique et l’histoire. La musique est belle, les acteurs sont excellents, et tout fonctionne à merveille.

Pour finir sur un léger bémol, j’attendais mieux de la part de Radu Mihaileanu, le réalisateur de Va, vis et deviens. Ce film reste quasi inégalable dans ma mémoire, si proche de la perfection qu’on ne s’en lasse pas. Et même si Le Concert est un divertissement génial, même si la musique nous touche, même si l’émotion est présente, on n’atteint cependant pas l’ultime harmonie dont on nous parle tant.

En tout cas, c’est la comédie du moment, à ne pas rater !

Avec Mélanie Laurent, Aleksei Guskov, Dimitry Nazarov

Production: Les productions du Trésor, Oï Oï Oï Productions, Panache Productions

Distribution France: EuropaCorp