Archive pour janvier 2010

Mais qu’est-il arrivé à Alejandro Amenabar, le petit génie du cinéma espagnol? Quelle déception que cet Agora, aussi plat que la Terre est ronde…

Agora nous retrace la vie d’Hypathie, philosophe et scientifique égyptienne, et contemporaine des conflits interreligieux qui soulevèrent alors Alexandrie jusqu’à en réduire sa fameuse bibliothèque en cendres et mettre la ville à feu et à sang.

Pourquoi pas, ai-je envie d’écrire; c’est un sujet comme un autre, qui laisse entrevoir un riche potentiel de costumes d’époque, de reconstitution de décors grandeur nature, d’action et espérons, d’émotions..

Mais autant être honnête: la vie d’Hypathie est sûrement remarquable et admirable sur le papier, dans les légendes populaires et la mémoire collective, mais dans le film d’Amenabar, elle est aussi palpitante que le tic-tac d’une horloge!!

Mais qu’est-ce qui a donc mal tourné dans ce projet pharaonnique espagnol? Pourquoi n’est-ce pas le chef d’oeuvre escompté? Peut-être déjà peut-on y voir une punition pour avoir tenté de se prendre pour Hollywood? Bon je vous l’accorde, c’est un reproche infondé, on ne peut pas reprocher au tandem Amenabar – Gil (le fidèle scénariste sans qui aucun des films d’Amenabar ne serait se ce qu’il est) ainsi qu’aux producteurs de Telecinco d’avoir voulu gagner plus d’argent en ayant une sortie mondiale. Mais peut-être tout simplement que les productions de type hollywoodiennes à gros budget ne réussissent pas à nos petits Alejandro et Mateo; il est vrai que quand on regarde leur filmographie bien que succincte, ils s’était jusque là contentés de situer l’action dans des lieux bien définis: une université dans Tesis, une vieille maison pour Les Autres, un lit dans Mar Adentro (on peut même aller jusqu’à parler d’une vie confinée dans un masque dans Ouvre les yeux) . Leur réussite alors tenait peut-être du défi à relever, de faire autant avec si peu. Mais peut-être aussi qu’Amenabar et Gil avaient tant réduit leur espace filmique et qu’ils en sont devenus claustrophobes et qu’ils se sont sentis obligés de nous asséner une gigantesque foule de de l’Egypte romaine?

Quoiqu’il en soit, le résultat est un film de qualité bien médiocre avec un rythme quasi inexistant, qui ne commence à nous entraîner qu’à la deuxième moitié du film; et encore, ce disant je reste respectueuse du maître, mon instinct me pousserait presque à dire que seule la mort d’Hypathie nous transporte et véhicule une véritable émotion.

Le film manque cruellement d’âme, malgré une bande originale pas mal du tout (Amenabar en est le compositeur et ne se rate donc pas sur tous les plans); les acteurs ne sont pas au meilleur de leur forme, Rachel Weisz étant la seule à tirer son épingle du jeu; par contre Max Minghella dans le rôle de Davus et Oscar Isaac dans le rôle d’Oreste sont insipides à souhait.

Peut-être que le problème réside tout simplement dans le fait qu’on a du mal à comprendre Hypathie et son obsession scientifique; on la cerne vite, car elle est dépourvue d’ambiguïté (c’est bien dommage d’ailleurs); mais personnellement je ne comprends pas un personnage qui préfère regarder les étoiles au lieu de poser les yeux sur la cruelle réalité qu’est celle des affrontements entre communautés religieuses. N’est-ce pas comme une fuite, alors qu’Hypathie nous est présentée comme une héroïne? Ce décalage entre la quête de la vérité scientifique et spirituelle de ce qui régit le monde est, on le comprend, un parallèle face à l’absurdité du « mon Dieu est mieux que le tien » puéril qui régit Alexandrie; mais sincèrement je me contrefiche des dialogues scientifiques ente Hypathie et son comparse scientifique, et après quelques minutes de ce film, je me contrefiche même des guerres de religion.

Allez, tous les plus grands réalisateurs ont des échecs dans leur filmographie! Alejandro, on oublie et on recommence!!

Avec Rachel Weisz, Max Minghella, Oscar Isaac, etc.

Production: Telecinco Cinema, Himenoptero

Distribution France: Mars Distribution

L’histoire de ce film se resume en une phrase: un groupe de candidats à un même poste dans une grande entreprise se retrouve parqués dans une salle, et doivent participer à un certain nombre d’épreuves visant à éliminer les candidats un par un, jusqu’à ce que seul le meilleur reste…c’est la méthode Grönholm, qui vise à recruter de manière peu orthodoxe des partenaires qui seront prêts à tout pour montrer leur motivation.

Le scénario, quoique simple dans son explication reste pourtant d’un machiavélisme bien plus complexe: le réalisateur argentin Marcelo Piñeyro nous propose un thriller psychologique, dépourvu de violence physique, mais horriblement sadique dans l’idée.

Le film, par sa mise en scène en huis clos, cloisonné entre une pièce de réunion, un couloir, et des toilettes, et des écrans de camera rappelant un Big Brother glacial de silence, nous plonge dans une atmosphere stressante et intense, comme si nous aussi étions soumis à ces épreuves dignes d’un Koh Lanta des ressources humaines!

Car on frôle l’expérimentation scientifique dans ce long métrage qui nous offre des décors aussi épurés de couleurs que d’objets, laissant place à la froideur de la technologie et des tailleurs noirs portés par les personnages qui servent de cobayes humains…pas une seule petite touche de folie dans ce décor, cette folie se retrouve plus dans les actes déments auxquels sont amenés les candidats au cours de cet entretien d’embauche pas comme les autres.

Cette méthode de recrutement sur laquelle le film est basée s’avère psychologiquement cruelle puisqu’elle est fondée sur une variante de la loi du plus fort, et de l’homme à abattre.. Ce qui est intéressant, c’est que les candidats se perdent dans ce jeu malsain proposé par des psychologues invisibles à l’écran, étant persuadés au début qu’ils doivent prouver leur capacité à travailler en groupe et s’accepter les uns les autres alors qu’en fait chacun devient de plus en plus égocentrique et individualiste, pensant d’abord à sauver sa peau, et tout signe d’altruisme devient alors une faiblesse.

Le film tourne en derision l’idée de la compétition acharnée en montrant ce que celle-ci peut réveiller de pire en nous, de plus animal, alors même que le but est de coller au plus près à notre civilisation, de décrocher un poste socialement prisé…

Écrivons un mot sur le jeu des acteurs, à la fois simple et réaliste, incarnant des candidats tout à fait probables, ni trop arrivistes, ni trop bien intentionnés…grace à eux la montée en tension se fait tout en finesse et permet une vision parfaite du fonctionnement psychologique des personages, relayés par une mise en scène voyeuriste, mettant à nu les candidats, puisque Pineyro va jusqu’à montrer les discussions aux toilettes!

Voilà donc une experience qui pousse la psychologie humaine jusqu’à ses limites, montrant que dans un milieu hostile qui implique une forme de survie (le poste recherché, pour lequel il ne peut y avoir qu’un seul élu, peut représenter métaphoriquement la lutte pour la survie de l’individu), personne n’est à l’abri d’un comportement particulièrement égoïste et asocial: l’altruisme a des limites!

Ce film de 2005 vient à nouveau apporter une preuve de la qualité du cinéma espagnol, sûrement un des plus dynamiques et originaux du moment. En espérant que les salles françaises s’ouvrent plus et plus longtemps aux films venant de chez nos voisins, que tout le monde puisse en profiter! A l’époque El método avait disparu des salles après seulement deux semaines d’exploitation…

En un mot: Voici un film brillant et original, qui donne des frissons dans le dos et des questions à se poser!

Avec Eduardo Noriega, najwa nimri, natalia Verbeke, etc.

Production: Tornasol Films, Arena Films

Distribution France: CTV International

Mozart Opéra Rock commence sa tournée en province à partir de Février 2010. Une fois n’est pas coutume, j’écris sur une comédie musicale et non un film. En même temps, Mozart Opéra Rock est un tel show qu’il mérite bien mon attention.

Je suis allée voir ce spectacle durant sa dernière semaine de représentations parisiennes, et ce qui m’a frappée en premier, c’est cette grande salle bondée. Jusqu’au bout, Mozart Opéra Rock aura attiré les foules de la capitale.

Mozart Opéra Rock pourrait être une énième comédie musicale comme il y en a eu tellement depuis le succès phénoménal de Notre-Dame-De-Paris, qui a remis au goût du jour la comédie musicale en France. Toutes ne sont pas d’égale qualité, mais de temps en temps, un spectacle sort du lot. C’est le cas de Mozart Opéra Rock. Pour sortir du lot, Dove Attia et Albert Cohen ont tablé sur une audace des plus risquées : frôler le sacrilège, celui d’écrire un opéra rock sur un des auteurs classiques les plus intouchables qu’il y ait. Mais ce faisant, il réussit à intéresser le grand public à cette destinée si singulière qu’est celle de ce compositeur autrichien si talentueux et génial qu’il commença à composer à l’âge de six ans…

Mozart Opéra Rock est une profession de foi dans la vie, dans la passion, dans la musique comme guide spirituel et moteur de l’existence. En ceci le Rock est une expression parfaite des sentiments de Mozart, ce passionné prêt à tout pour une musique sans compromis. La comédie musicale suit la vie de Wolfgang Amadeus Mozart depuis ses 17 ans jusqu’à sa mort, pour comprendre la fougue et le désir artistique du prodige.

Que dire à part l’évidence ? Mozart Opéra Rock déménage ; tout autant que son héros voyage de ville en ville pendant tout un acte, le spectacle nous secoue les humeurs comme un mixeur court-circuité. Nous voici dans le pays de la « Flash Attitude », un monde parallèle où Mozart était un punk avec ses immanquables vestons à paillettes plus voyants les uns que les autres ; un florilège de couleurs nous chatouille la rétine, une myriade de teintes chaudes et gaies nous dilate les pupilles. Ce sont les symptômes d’une maladie qui ne touche que les spectateurs de Mozart Opéra Rock : la flashitude aigüe ! Un syndrome bénin qui a pour conséquence la plus néfaste d’éblouir et de faire sourire la foule subjuguée ! Pour moi, les deux heures et quelques que dure ce spectacle sont une cure de jouvence à ne pas manquer !

J’aurai une mention spéciale à ajouter à propos du dernier tableau : un triple WOW (mon nouveau faux mot du moment) ! Tel un bouquet final d’un feu d’artifice déjà à couper le souffle, cette ultime scène nous achève. Plus un muscle ne résiste encore à cette invasion de plaisir combiné des yeux et des oreilles. La mise en scène ingénieuse, les costumes divins et lumineux, la musique comme un savant mélange de Rock, d’Opéra et de variétés, tout ceci nous cloue le bec et on en redemande !

Dans cet amoncellement de compliments, je n’ai quasiment pas cité la musique, à croire qu’elle ne contribue en rien au succès du spectacle ! Eh bien, Mea Culpa, car les chansons aux sonorités Rock m’ont convaincues ! ça bouge, ça chante divinement bien, ça donne envie de chanter à son tour, de se lever et de danser ! Mais Mozart Opéra Rock n’est pas un concert, et ce qui fait son intérêt c’est cette harmonie, ce savant dosage entre musique, danse et jeux de lumière et c’est ça qu’on retient.

Mozart opéra Rock a cependant quelques défauts qui n’entachent pas vraiment la qualité globale du show, mais qu’il me faut toutefois relever si je veux être objective. L’originalité des chansons n’est pas toujours au rendez-vous : j’ai plusieurs fois retrouvé les mêmes rythmes d’une chanson à une autre, comme un air de famille légèrement dérangeant, une impression de déjà entendu. Mais pour finir malgré cela sur un point positif, Mozart Opéra Rock est un pur moment de détente, trash, tragique, truffé d’humour, tout comme l’est la vie. Shakespeare écrivait « La vie est un vaste théâtre où chacun joue son rôle puis s’en va » ; la vie de Mozart dans l’Opéra Rock correspond tout à fait à cette métaphore.

Allez, the show must go on !!