Archive pour février 2010

Il n’a jamais été aussi évident que les frères Coen, réalisateurs ingénieux et hors normes s’il en est, étaient juifs. Leur filmographie ne laisse pas forcément paraître leur religion, croyances et éducation, mais A serious man nous fait enfin mentir. En effet, ce long-métrage est un des films les plus juifs que l’on peut imaginer.

Avec A serious man, on sent un retour aux sources si longtemps fuies ; Nul doute que certains passages du film, notamment la bar mitzva et sa préparation ont dû être inspirés par des souvenirs de l’enfance des frères Coen.

Mais alors le film est tellement juif, qu’il serait presque réservé aux initiés ! Entre l’utilisation de termes religieux à gogo, dans tous les sens, toutes les occasions, que les goys ne connaissent pas, entre les passages à la symbolique incomprise comme la saynète du début et le mystère de la fin, on se sent en bons goys de services, hélas un peu perdus ! J’aimerais pouvoir dire que j’ai apprécié ce film à sa juste valeur, mais il faudrait pour ça que je fasse semblant d’avoir tout compris. On espère que les frères Cohen, eux, savent ce qu’ils font, je leur fais confiance pour cela, puisque jusqu’ici j’ai compris leurs autres films.

Ce qui fait le plaisir universel de ce film, ce que tout le monde même le plus ignare des abrutis peut comprendre, c’est cet humour typiquement juif qui donne envie de rouler par terre. Sur la base d’ « un malheur peut en cacher un autre », le pauvre personnage principal, Larry Gopnik, les cumule en un rien de temps. Alors que tout va pour le mieux pour lui au début du film, il se retrouve d’un coup en instance de divorce, sa titularisation de poste sur la sellette, obligé de déménager dans un motel miteux, quasi ruinée et arnaqué par son avocat et sa femme, un frère qui n’attire que les ennuis, et un élève qui lui fait du chantage… On comprend le pauvre homme qui ne sait plus à quel rabbin se vouer, surtout lorsqu’on voit la pelletée de représentants religieux qu’il va consulter… Tout part en vrille autour de lui, pour notre plus grand plaisir de spectateur, car on se délecte de son air misérable des mauvais jours à chaque nouvelle tuile qui lui tombe sur la figure. C’est d’autant plus drôle que le pauvre homme n’y peut rien, et ne semble pas savoir lutter contre les éléments, trop gentil et honnête pour ce monde de chiens.

Tout autant qu’un regard amusé et nostalgique sur la communauté juive dans laquelle les frères Coen ont dû grandir, A serious man dépeint aussi une époque révolue, celle des années 60, avec ses couleurs vives et délurées, sa déco désuète mais stylée, ses coiffures bien particulières, et mon détail préféré : ses lunettes en demi-lune! Un véritable bonheur des yeux que ce retour en arrière plein de charme.

De ce film assez singulier, on se souviendra surtout du jeu d’acteur de Michael Stuhlbarg, au visage expressif à souhait et qui provoque l’hilarité en un froncement de sourcil dépressif ; on notera aussi le personnage du fils, ado rebelle et cancre comme il se doit, qui réussit l’exploit d’être défoncé à sa bar mitzva sans attirer les soupçons !

A serious man à mes yeux est un bon film pour initiés (on l’espère du moins) mais laisse beaucoup de spectateurs sur le carreau, avec ce petit temps de recul à la fin à se demander : mais quel est le message ? Y en a-t-il un au moins ? A moins que ce film soit juste une représentation d’un fatalisme trempé d’humour et d’intrigues variées. Avec ce film, il n’y a pas que la salle qui est obscure… Le dessein aussi !

Avec Michael Stuhlbarg, Sari Lennick, Richard Kind, Aaron Wolff, etc.

Production: Working Title Films

distribution France: StudioCanal

Voilà, après tant d’année, le retour de Disney au dessin traditionnel. Après la flopée de Pixar à la quelle nous avons eu le droit cette dernière décennie, peut-on encore apprécier un bon vieux dessin animé en 2D ?

La réponse est un grand oui !!! Quel plaisir de revoir de véritables dessins, d’apercevoir le petit coup de pincée qui fait la différence dans ce nouveau Disney qu’est la Princesse et la Grenouille. Avec ce long-métrage animé, on revient à un style que l’on avait perdu depuis longtemps, tout en finesse, tout en poésie. La magie des images opère dans le bayou, les crocodiles cohabitent avec les lucioles, les grenouilles chantent… bref tout ce qui a fait la magie de Disney, sans oublier les contes de princesse !

Passionnée de cuisine, Tiana rêve depuis toute petite d’ouvrir un restaurant. Pour cela, et comme elle n’est pas issue d’une famille riche, elle cumule deux travails de serveuse pour un jour se payer son rêve. Mais ce souhait va être contrarié par la venue d’un prince d’une autre contrée, venu épouser la riche amie de Tiana, Charlotte, pour renflouer les caisses. Sauf qu’entre temps le Maître des Ombres qui cherchent à s’emparer de la ville, prépare un coup fourré et transforme le prince en grenouille…Celui-ci convainc alors Tiana de l’embrasser, pour redevenir un prince comme dans le conte de fée, mais voici Tiana qui se transforme en grenouille à son tour! Comment alors une aventure-course contre la montre pour se sortir de cette situation fâcheuse.

Avec La princesse et la grenouille, on revient aussi à un dessin animé qui cible plus les enfants, comme l’ont fait à leur époque Blanche-Neige ou la Belle au bois dormant. Il est vrai que les studios Disney nous avait récemment habitués à des films d’animation qui touchaient un plus large public, comme récemment Là-Haut, qui arrivait à attaquer sur les deux tableaux. Mais revenir un peu au source fait du bien parfois, et La princesse et la grenouille a tous les ingrédients pour ravir les petits, faire rêver les apprenties princesses, faire swinguer les bambins sur leur chaises, et faire briller les yeux de tous.

Pour autant, la princesse et la grenouille n’est pas dénué d’intérêt pour les adultes. Pour nous autres qui avons grandi en regardant ces dessins animés plus classiques, celui-ci est beaucoup plus moderne que ceux qui ont bercé notre enfance. Il n’est pas si courant que les héros de Disney soient ancrés dans une époque et une ville. C’était déjà le cas avec Mulan et Robin des Bois entre autres, beaucoup sont placés dans une époque intemporelle et un lieu inconnu. La princesse et la grenouille, au contraire, est le premier dessin animé Disney à proposer une princesse américaine, pauvre et noire, dans la Nouvelle Orléans des années 20, semble-t-il. C’est d’ailleurs un choc lorsqu’on aperçoit la ville dessinée, et qu’on réalise la rareté de ce type d’images chez Disney. On appréciera aussi la musique jazz à gogo, inventive et qui donne envie de remuer dans tous les sens, et qui revisite le principe de la chanson animée avec de nouvelles sonorités en forme d’hommage à la Nouvelle Orléans.

Pour conclure, Disney nous propose un semblant de retour aux sources, tout en modernisant le dessin animé classique, en l’ancrant plus dans notre réalité ; les contes de fées ne sont pas morts, mais changent ; ce n’est pas pour cela que la princesse et la grenouille n’est pas infiniment drôle et poétique, ingénieux dans ses gags, apeurant pour les plus jeunes, et follement dansant pour les petits comme les grands.

Production: Walt Disney Pictures

Distribution France: Walt Disney Studios Motion Pictures

Avec son nouveau film, Jason Reitman nous envoie dans les airs, avec une folle impression de légèreté.

Ryan Bingham st un expert en développement personnel, et en pratique du licenciement professionnel. Un métier particulièrement peu reluisant, mais qu’il manie à la perfection. Et ce métier lui permet de passer son temps à voyager, ce qu’il adore plus que tout. L’aéroport et l’hôtel sont ses lieux préférés, et son passe-temps favori est de collectionner des points sur sa carte de fidélité d’American Airlines. Un vrai loup solitaire comme on n’en trouve plus, qui professe à tout va dans ses conférences que la vie devrait ressembler à un sac à dos vide.

Seulement voilà sa petite vie va se retrouver chamboulée lorsque son directeur l’oblige à former une jeune employée de son cabinet, arriviste et arrogante qui croit tout savoir sur le métier. Le voilà alors forcé de partager sa routine, et de la confronter à un avis extérieur… Cette routine est aussi entrecoupée de petites escapades hôtelières avec une femme d’affaires, au gré de leurs plannings mutuels…

Petit à petit, Ryan remet en cause une partie de ses convictions, et découvre l’intérêt de la vie à deux, d’avoir des amis, une famille, des racines…

La force du film de Reitman, c’est de ne jamais nous forcer la main avec un message trop gros, trop lourd : tout est en finesse, et la simplicité reste le maître mot de ce long-métrage gentiment mené, qui nous berce tranquillement, sans jamais nous endormir.

J’ai passé une bonne partie du film à chercher le mot qui caractériserait le mieux in the Air. Finalement, le mot le plus proche de ma pensée pourrait être « apaisant ».

En effet, le rythme des scènes d’aéroport et d’hôtels est très agréable : paisible, comme un « home sweet home », il sait aussi être dynamique, et cadencé, comme une routine maitrisée : Clooney se plie aux contrôles en tous genres comme il irait prendre sa douche après une journée de travail. Comme lui, dès le début du film, on se sent chez soi, détendu, libéré ; pourtant, on n’est pas joyeux pour autant.

In the air est un film faussement léger. D’un certain côté il nous déleste d’un poids, mais le sujet doublement difficile à traiter, puisqu’il s’attaque à la fois au sens de la vie et à savoir rebondir face à l’adversité, nous empêche de totalement nous envoler, comme un plomb accroché à un ballon d’hélium. On flotte donc, mais on ne s’envole pas vraiment.

In the Air est un total entre deux : entre l’éclat de rire et les larmes, il y a le sourire mélancolique ; entre l’ennui de la routine et le rythme effréné des voyages, le film crée son rythme pour nous balader tranquillement, mais efficacement. Entre la comédie et le drame, il n’y a qu’un pas, et in the Air semble se poster dans le no man’s land qui sépare les deux genres. A force d’hésiter entre les deux genres, ce qui aurait pu être une bonne petite comédie sans prétention n’en est pas une, et n’est pas non plus un drame, car trop léger… A tel point qu’on se sait plus trop à la sortie si l’on va bien ou pas, un peu comme le personnage… Il arrive un moment où il faut savoir faire un choix entre la comédie tout public au happy-ending forcé et le drame existentiel au public plus restreint. On a l’impression que Reitman a essayé d’allier les deux alors que c’est tout simplement impossible.

In the Air est un bon film, sans prétention, mais sa nomination aux oscars me laisse perplexe… c’est un bon moment de cinéma, mais certainement pas un grand moment. Sauf pour admirer un George Clooney plus séduisant et naturel que jamais, sur lequel le film repose intégralement.

Avec George Clooney, Anna Kendrick, Jason Bateman, etc.

Production: The Montecito Picture Company, Dreamworks Pictures

Distribution France: Paramount Pictures France