Archive pour mars 2010

Oublié, Avatar et sa claque visuelle. Voici le nouveau phénomène du moment, universel, celui d’Alice, de retour au pays des merveilles. Basculez dans le côté obscur, et découvrez le petit monde fantastique de Tim Burton !

Alice au pays des merveilles est un film purement et simplement « parfait », mais pourtant, ce n’est pas mon Tim Burton préféré.

Un film parfait, par sa maîtrise technique magistrale : je suis allée voir le film en IMAX 3D, et j’ai découvert un nouveau sens au mot « cinéma ». C’est une nouvelle expérience que de se retrouver devant un écran aussi gigantesque, telle une fenêtre sur une nouvelle réalité ; pour la durée du film, on passe carrément de l’autre côté du miroir. Le générique de fin nous paraît même être une vue depuis un balcon, tellement tout semble proche, et « réel »… Tout est fluide, à l’esthétique ultra travaillée, unique en son genre. Un vrai régal. Que dire des effets spéciaux à part qu’ils sont incroyablement bluffants, et nous propulsent directement dans le film, au cœur du pays des merveilles : on tombe avec elle dans le trou noir, on risque de se prendre les mêmes objets à la figure, que du bonheur !

Un film parfait aussi par sa maîtrise de l’univers Burtonien, qui synthétise l’art unique et inquiétant du nouveau maître du cinéma : une nature automnale biscornue, une héroïne à la beauté pâle et venue d’une autre époque, avec sa chevelure blonde ondulée, comme Tim les affectionne ; un Johnny Depp toujours au top (comment fait-il pour crever l’écran à chaque apparition de chaque rôle, cela reste un des beaux mystères du cinéma !), et des personnages tous plus étranges les uns que les autres ; l’univers du réalisateur atteint des sommets d’originalité et de bizarrerie, qui ont fait ses lettres de noblesse. Bref, un Best-of du tonnerre, accompagné d’un rythme justement dosé ; somme toute, une réalisation au poil !

Alice au pays des merveilles relève le défi de tenir l’équilibre parfait entre d’un côté l’appropriation réussie de l’œuvre de Lewis Caroll, ses personnages loufoques, son monde, son récit, et de l’autre l’apport de la « Burton touch » ; grâce à ces deux axes si bien pesés, on obtient la recette de la variation scénaristique parfaite, à l’application tellement fine, soignée jusque dans les moindres détails !!!

Pour compléter l’esthétique des décors, on peut mentionner les prouesses en matière de maquillage et de costumes ; Johnny Depp est impressionnant en chapelier fou, il nous fait tout autant peur que rire ; quant à Mia Wasikowska, ses tenues sont tout simplement sorties de l’esprit d’un grand costumier, tenant plus de la haute couture que du conte de fée… on se croirait dans un défilé Yves Saint Laurent !

Malgré tous ces éloges, j’ai relevé certains petits défauts subjectifs. Premièrement, Danny Elfmann, pour une fois, me paraît en retrait. Où est la bande originale inspirante à laquelle nous sommes habituées ? Cela aurait sûrement renforcé l’atmosphère du film, à mi-chemin entre le monde Disney et l’ambiance post-apocalyptique/pré-genèse. De plus cette atmosphère est tellement sombre qu’elle en est presque oppressante, et ne fait peut-être pas appel à un symbolisme assez lumineux pour tempérer cette obscurité.

Aussi, alors que le film commençait bien dans la réalité aristocratique anglaise, mêlant critique subtile et humour à la Charles Dickens, le retour dans le monde réel est bâclé, expédié même. Comme si la réalité n’avait aucun intérêt, alors que le message d’Alice au pays des Merveilles est censé être l’inverse… Ce sont des défauts de pinaillage, mais qui ont tout de même empêché les petits papillons que j’ai habituellement au ventre devant un film de Tim Burton.

En conclusion, Alice au pays des Merveilles est comme un feu d’artifice privé de son bouquet final.

Avec Mia Wasikowska, johnny Depp, Helena Bonham Carter, anne Hattaway, etc.

Production: Walt Disney Pictures

Distribution france: Walt Disney Studio Motion Pictures

Bienvenue à Hambourg, au petit restaurant ultra-gastronomique de Zinos. Ici, le plat du jour, c’est l’escalope panée sur un lit de frites bien huileuses à souhait. Jusqu’au jour où Nadine, la petite-amie de Zinos, décide de partir à Shangai. Zinos cherche donc un gérant pour son restaurant, pour pouvoir la rejoindre en Chine…

Soul kitchen est une comédie désopilante et hétéroclite, comme on n’en fait pas assez ! Les personnages principaux sont tous plus nullos les uns que les autres, mais attachants à la fois ; entre le proprio au dos cassé, le frère taulard, la serveuse jamais contente, le vieux pensionnaire qui ne paie jamais son loyer, et le cuisinier psychopathe de la grande cuisine, il y en a pour tous les goûts !

C’est ce qui fait de Soul Kitchen un divertissement rafraichissant, mêlant à la fois humour potache et réalité sociale, au milieu d’un grand n’importe quoi fait avec talent. Même si parfois le film devient un peu lourdeau ou maladroit, il conserve néanmoins sa capacité à toujours nous faire rire de bon cœur, grâce à un équilibre savamment dosé des gags et une originalité barrée totalement indéniable ! Que demander de plus ?

Sans oublier bien sûr la grande qualité musicale de la bande-son, qui file la pêche et nous fait sortir de la salle en dansant à moitié ! Soul kitchen est un film plein d’âme, de vie, d’humour et de bonne humeur. Un bon remède contre le blocage des zygomatiques !

Avec Adam Bousdoukos, Moritz bleibtreu, …

Production: Pyramide Productions, Corazon International

Distribution France: Pyramide Distributions

Martin Scorsese nous livre son nouveau film, plus sombre que jamais, et il s’agit de le suivre dans les ombres de l’esprit.

Teddy Daniels est un Marshall fédéral, envoyé à l’hôpital psychiatrique de Shutter Island pour malades mentaux dangereux pour élucider le mystère de la disparition de Rachel Solando, une patiente internée pour avoir tué ses enfants. Dehors, la tempête fait rage…

Le film commence comme une enquête à la Sherlock Holmes ou à la Gaston Leroux, rappelant fortement Le mystère de la chambre jaune, puisque la patiente s’est évadée, ne laissant aucune trace derrière elle, et une porte fermée…

Ce qu’on pourrait reprocher à ce film, c’est de très vite occulter l’enquête pour se concentrer sur le personnage. Finalement, j’ai trouvé ça presque malhonnête de nous faire miroiter une enquête complexe qui méritait bien des explications fournies et détaillées comme dénouement ; or, malgré un début clairement centré sur l’enquête, on dérive très vite sur le personnage incroyablement incarné par un Dicaprio habité, luttant contre ses propres fantômes dans un environnement d’aliénation. Ainsi, plus le personnage s’enfonce dans la folie ambiante de l’asile, plus se reflètent ses propres tourments, et nous les révèle, petit à petit.

Shutter Island semble à la croisée de plusieurs genres : entre le polar et le thriller psychologique, Scorsese nous fait naviguer entre deux eaux troubles, angoissantes et intrigantes. On ne ressort pas indemne de cette atmosphère glauque à souhait, imprévisible et paranoïaque.

L’esthétique du film est exceptionnellement travaillée, proposant des visions plus soignées et travaillées les unes que les autres, opposant la clarté des visions à l’obscurité de la réalité. A croire que Scorsese se prend tout d’un coup pour David Lynch, le spécialiste des visions visuellement sublimes et intellectuellement incompréhensibles.

Shutter Island est ainsi un très bon film, au rythme équilibré, à l’image soignée, au scénario bien mené et à l’interprétation excellente de la part d’un Leonardo Dicaprio malmené. Cependant le parti pris de Scorsese ne plaira pas à tout le monde.

Avec Leonardo Dicaprio, Mark Ruffalo, Ben kingsley, etc.

Production: Paramount Pictures et Columbia Pictures

Distribution France: Paramount Pictures France