Archive pour mars 2010

Je suis allée voir L’arnacoeur, principalement parce que j’avais deux invitations pour sa projection privée aux studios Universal à Paris. Sans cela, je ne suis pas convaincue que j’aurais mis ce film dans mes priorités. Mais heureusement que je l’ai vu, sinon j’aurais manqué la nouvelle très, très bonne comédie française ! Eh oui, en France, on est bons pour faire des comédies, on ne l’assume juste pas assez !

Ça commence sur les chapeaux de roues : on suit une touriste, qui vit alors un instant de romantisme pur avec un jeune médecin dans le désert…mais en fait, c’est une arnaque ! une arnaque aux sentiments, comme le laisse deviner le titre du film… Romain Duris est Alex Lippi, un expert de la rupture des femmes malheureuses en ménage qui s’ignorent… mais attention, on ne brise que les couples de celles qui ne sont pas épanouies ! Jusqu’au jour où il est contraint d’accepter de briser un couple apparemment parfait pour renflouer les caisses…

Mission impossible pour notre expert ès séduction ? Est-ce là toute la question du film ? Non, trêve de plaisanterie, s’il y a une chose qu’on peut vraiment savoir dans ce film, c’est bien que l’issue ne peut qu’être heureuse… sinon, aucun intérêt à cette comédie romantique ! L’important n’est pas le quoi, mais le comment ! Comment Alex va-t-il y arriver ? Et le séducteur ne sera-t-il pas celui qui est séduit ?

L’arnacœur est le genre de films qui donne envie de danser, chanter, sourire, bref, qui donne la patate !!! Je suis particulièrement bon public sur ce type de comédies, et j’ai passé la moitié du film pliée littéralement en deux sur mon strapontin. Les gags sont plus surprenants et saugrenus les uns que les autres ; même les clichés du film romantique qui nous sont rabattus le long du film ont une sonorité différente, décalée, comme si Pascal Chaumeil jouait avec pour mieux nous faire rire…

Le casting comique est particulièrement bon, avec une mention tout à fait spéciale pour François Damiens, qui joue à la perfection le beau-frère/associé de Duris, incarnant justement parfaitement la « beaufitude » extrême ! Grâce aux seconds rôles du film, on rit tout du long, on décrasse à grands coups nos poumons !

Que dire de Romain Duris, qui n’aurait jamais été dit ? Ce type peut jouer n’importe quoi ; mais en comédie, son air niais excelle ! Ce n’est pas son seul atout, bien sûr, car ce n’est pas avec ça qu’il peut être crédible en séducteur ! Non, Duris n’a jamais été aussi charmeur que dans cette comédie, son côté animal mal rasé et touche à tout, son jeu naturel et drôle, et ses chemises terriblement bien ajustées le rendent irrésistible ! On comprend ainsi ces femmes qui tombent dans les filets d’Alex…

Vanessa Paradis, est tout en naturel, en retrait pour faire la part belle aux acteurs plus comiques… c’est tout ce qu’on lui demande, car malgré son physique atypique et inatteignable qui la rend idéale pour le rôle, elle est assez fadasse…

Pour finir, la réalisation est ingénieuse, elle nous prend au dépourvu, et il est quasiment impossible de s’ennuyer tant le rythme est maîtrisé et efficace. Il faut un grand talent pour savoir doser les gags, contrôler les acteurs, leur charisme, voir leur exubérance ; Paul charmeil réussit à merveille cette prouesse pour son premier long-métrage. Cerise sur le gateau, la Bande Originale en forme de medley détonnant, du fin fond des eighties aux années 2000, en passant par du classique, on en sort plein les oreilles.

En bref, que du bonheur !! Courez vous faire exploser les abdos !

Avec Romain Duris, Vanessa Paradis, Julie Ferrier, François Damiens…

Production: Quad Films

Distribution France: universal Pictures International France

Il y a des films qui sont très lents, et tout autant ennuyeux : à force de se traîner, ils nous endorment sec, et on les oublie facilement. A single man est un film lent, très lent, la lenteur incarnée ; et pourtant, jamais l’on ne s’ennuie dans ce merveilleux film.

Pour ses premiers pas au cinéma, Tom Ford a fait fort. Il a su magnifier un sujet tant de fois évoqué, celui de la vie après un amour perdu. Que se passe-t-il quand on a rencontré l’amour de sa vie, ce véritable amour qui semble n’arriver qu’une fois, et qu’on le perd, soudainement ? C’est le point de départ de ce film, doux-amer et sublime.

Ce film ne brille pas par un scénario ultra complexe, ni même des dialogues ultra intellectuels, mais nous reconnecte avec nos émotions profondes, notre face cachée amoureuse d’art et de beauté. A single man, est un petit bijou visuel, un tableau vivant, s’attardant sur chaque image, chaque texture d’image, chaque mouvement pour les sublimer, comme un photographe magnifierait son modèle. Et les modèles de beauté courent les rues dans ce film où aucun détail artistique n’est laissé au hasard. Julianne Moore rayonne, et Nicholas Hoult incarne le plus bel âge.

Colin Firth est au centre de cette journée mémorable, professeur de littérature à l’université, homosexuel à une époque (les années 60) où cela ne se dit pas, forcé de vivre en silence sa douleur d’avoir perdu son compagnon dans un accident de voiture. Tout, vraiment tout le ramène à ces souvenirs, ces moments si chers qu’il ne revivra pas. Rien ne semble avoir de goût. C’est comme si George se réfugiait dans une bulle atemporelle, comme si sa vie actuelle était engourdie, et sa vision troublée par sa souffrance.

Et cette bulle d’engourdissement, ce voyage permanent dans les limbes de la solitude la plus cruelle, George ne les supporte plus. Aujourd’hui, est le jour, le jour où tout change, tout s’arrête. Et on vit, on savoure cette journée, autant que le personnage, les moindres instants agréables sont ralentis, pour bien ressentir toute leur primeur, leur fraîcheur, leur intensité… Et l’esthétique du film est toute en finesse, délicate, voire même particulièrement sensuelle. La lenteur des mouvements, comme pour capturer une dernière fois la beauté de la vie, la furtivité d’un sourire ou d’un regard, est quasiment langoureuse, comme si George voulait jouir une dernière fois des petites choses de la vie, sans réaliser que ce sont ces petites choses qui la rende justement belle et significative…Tout le symbolisme du film est un véritable régal de subtilité et de douceur.

L’ancrage dans les années soixante se fait un peu par le contexte de la guerre froide, mais surtout, par l’esthétique des personnages et de leur apparence (entre un Colin firth déguisé en Marcello Mastroianni, une élève au premier rang sosie de Brigitte Bardot, un jeune espagnol qui cherche à ressembler à James Dean… tous ces petits détails sont extrêmement travaillés, et on n’est pas surpris que le réalisateur vienne du milieu de la mode. Le choix des lumières et des teintes aussi semble savamment travaillé, pour refléter une époque à la fois révolue mais gaie. Quant à la musique, elle vous envoute dès les premiers instants, et vous reste dans l’esprit même après la sortie de la salle…

Il y a des films après lesquels je ne veux pas communiquer, où parler me semble inutile, voire un gâchis. Il y a des sensations qui se savourent comme un plaisir intérieur et solitaire : on oscille entre le petit nuage et la rêverie nostalgique, détendus jusqu’au bout des ongles ; c’est la marque de certains très bon films, et c’est le cas de A single Man.

Avec Colin Firth, Julianne Moore, Nicholas Hoult, etc.

Production: Fade to Black

Distribution France: Mars Distribution

Avant de voir Slumdog millionaire j’ai eu beaucoup de retours sur le film, pas tous entièrement positifs…je suis donc arrivée avec un œil très critique devant le nouveau film de Danny Boyle, très bon réalisateur mais pas toujours égal (je n’ai pas du tout été fan de Sunshine qui pour moi n’était qu’un catalogue d’images dépouvus d’efforts de réalisation)…

Me voici donc enfin devant Slumdog millionnaire. J’éprouve une certaine impatience dès le début, j’attends un signe, quelque chose qui me dira si je fais partie des fanatiques du films ou des détracteurs. Et ça ne tarde pas ! En 5 minutes de film je suis conquise : Le film commence avec un parallèle entre l’émission « Qui veut gagner des millions » où participe Jamal le protagoniste, un grand dadet un peu niais et simplet sur les bords (en tout cas en apparence) et une scène de torture avec ce même Jamal à qui on essaie de faire dire comment il a triché au jeu…Ca commence fort, on croirait presque un instant qu’au lieu de 2 scènes distinctes celle de torture correspond à ce qui se passe dans la tête de Jamal…

Puis scène suivante, Jamal devra raconter sa vie aux policiers qui le soupçonnent, pour prouver qu’il a les réponses à toutes les questions…et nous voilà plongés dans le vrai sujet du film, les « slumdogs »… les gamins des bidonvilles indiens. Et l’on suit les 2 gamins protagonistes poursuivis par des policiers agacés, dans une course poursuite à travers le dédale de petites rues des quartiers défavorisés…Et là, que dire à part que la mise en scène touche déjà les sommets de l’art ? Dynamique, originale, testant des angles d’attaque originaux, mettant bien en avant les décors et les 2 enfants ; une caméra fluide et des arrêts sur image bien choisis, et surtout, une bande son excellentissime qui ne faillira pas jusqu’à la fin du film

Je ne vais pas raconter le film scène par scène , juste résumer l’intrigue en quelques mots, tout en laissant le soin à ceux à qui je donnerais envie de voir ce petit chef d’œuvre de découvrir le plus gros par eux-mêmes…

L’histoire suit la vie de deux jeunes frères dont la mère meurt dans un conflit inter-religieux, Salim et Jamal, ainsi que celle d’une petite fille dont les parents sont morts eux aussi, Latika. Livrés à eux-même nous suivons leur parcours et leur vie qui se croisent et se décroisent… Voilà comment résumer le film sans raconter, tout en vous faisant croire que c’est un film niais…

Slumdog Millionaire est un hommage à l’Inde et à son peuple, filmés avec justesse ; le jeu des acteurs est impressionnant, encore plus lorsqu’il s’agit de celui des enfants… Le présentateur joue bien son rôle de pourriture hypocrite face à un candidat qui semble-t-il n’a rien pour lui…

Somme toute, un film bien ficelé, réalisé avec les tripes et apprécié avec le cœur… on ne reprochera que le côté peu crédible des questions du jeu !Mais après tout… On s’en fout!!

En trois mots : Merci Danny Boyle !