Archive pour juillet 2010

Comme c’est bon un scénar bien fait ! Un vrai délice. Tellement bien fait qu’il semble respecter les règles les plus pures du petit manuel des scénaristes débutants :

Chapitre 1 : comment créer un bon suspense ? Premièrement, faîtes commencer le film en plantant le décor, en présentant très rapidement un écrivain « nègre » (ghost writer en anglais) à qui on confie la mission de mettre en forme les mémoires de l’ancien premier ministre du Royaume Uni, puisque le nègre officiel s’est apparemment suicidé.. Deuxièmement, faîtes tourner toutes les discussions autour d’un premier ministre qui n’apparaîtra dans le film qu’au bout de 20 bonnes minutes. Ça crée une frustration telle qu’on rentre totalement dans la peau du personnage de l’écrivain. Dans quelle galère s’est-il mis ? On en sait aussi peu que lui, et c’est à la fois excitant et stressant.

Chapitre 2 : Comment créer une trame intéressante ? Premièrement du talent ! Il en a fallu une bonne dose pour écrire ce scénar. En second lieu, mélangez un contexte politique contemporain à une enquête d’un détective amateur trop curieux et vous obtenez une bonne théorie du complot comme il se doit.

Puis placez la scène dans une île coupée de presque tout.

Chapitre 3 : Comment prendre le spectateur pour un con ? (détail très important dans le thriller, toujours être un minimum plus intelligent que le type qui va regarder tranquilement sur son siège..) Tout simplement de manière très classique en donnant des éléments de réponse, en guidant dans diverses directions, et en offrant un final à la fois éclairé et éclairant, et d’une certaine manière, très ironique.

Chapitre 4 : comment ajouter une plus-value à votre film ? En termes de scénario, pensez votre personnage principal avec humour et légèreté, pour contraster avec le contexte plutôt sérieux et opressant du film. Ewan McGregor est génial dans ce casting, très sérieux mais toujours une bonne tête de vainqueur pour faire sourire.

Autre plus-value : une réflexion un peu plus profonde vous fera voir le parallèle entre l’écrivain fantome » et le fantome de l’écrivain… le personnage d’Ewan MacGregor passe la moitié du film à revivre les mêmes situations que son prédécesseur, entendre parler de lui tout le temps, suivre des indications presque post mortem… il suit l’ombre de ce prédécesseur comme il reste dans l’ombre de son client.

Si on ajoute à ce cocktail une musique aussi guillerette que stressante (car inappropriée dans certaines scènes, ce qui la rend inconfortable), une réalisation de détail, cela donne un film d’une qualité plus qu’honorable. Cela donne même un très très bon exemple de thriller, auquel on ne pourrait reprocher que le rythme légèrement trop dénué d’action pour une durée de 2h, qui fait trouver parfois le temps un peu long, malgré des atouts certains qui nous maintiennent éveillés !

Avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall, etc.

Production: R.P Films, France 2 Cinema

Distribution France: Pathé distribution

Je suis allée voir Baaria à Madrid, un film italien sous-titré en espagnol donc… ça commençait déjà mal pour la pauvre française pas vraiment bilingue que je suis!

Baaria, c’est donc une sorte de chronique en forme d’hommage à la ville natale de Tornatore, Bagheria, qui en argot sicilien se dit Baaria, une petite ville italienne, et de ses habitants, depuis la seconde guerre mondiale jusqu’à maintenant. On suit une famille, et principalement un personnage autour duquel tout se centre, Peppino. On le suit donc depuis son plus jeune âge, en cancre toujours au coin, à sa vieillesse après une vie bien remplie, entre une famille et une carrière de communiste engagé.

J’aime bien commencer par le positif; je dirai donc que Baaria est truffé d’humour et fait sourire assez souvent. Le bon esprit de la chronique familiale et le talent de ses acteurs en font un bon moment. Certains passages restent très savoureux, alors que d’autres sont peuvent être très émouvants. Tous ces bons moments passent plutôt grâce au rythme insufflé au film, dynamique.

Malgré tous ces bons points, Baaria réussit l’exploit d’être tout et son contraire: dynamique dans un sens, mais horriblement lent en même temps… Le montage trop rapide au final ne facilite pas la compréhension Baria est surtout long, que dis-je, horriblement long… Par sa durée effective, 2h30… (un vendredi soir à 22h, ça a du mal à passer!!), mais aussi par une linéarité trop prononcée, qui surprend peu et endormirait presque… Quant à la fin, elle casse totalement la linéarité précédemment évoquée, non pour le plus grand bien du film, mais pour nous laisser totalement ébétés, après tant de temps à suivre passivement ce morceau de vie, on nous réveille en sursaut, le coeur palpitant, et les neurones encore ramollis, pour finalement essayer de comprendre une fin totalement tirée par les cheveux, comme si le scénariste avait eu une panne d’écriture pour finir en beauté, et qu’il avait décidé d’écrire la fin la plus originale possible, mais la moins assortie au film, puisque c’est une conclusion trop moderne pour cette histoire empreinte de tradition et d’un petit goût savoureux de désuet…

De Giuseppe Tornatore, avec Francesco Scianna, Margareth Maddè…

Production: Quinta Communications

Distribution France: Quinta distribution