Archive pour août 2010

C’est fou quand même, quand on y pense. Cette année, des deux côtés des Pyrennées, le cinéma « kiffe » la prison. On pourrait priser de magnifiques paysages, on pourrait honorer des châteaux, des héros, on choisit le plus terre à terre, le plus horrible, et on lui donne un prix. En février, c’était le très bon Le prophète, de Jacques Audiard, qui remportait le César du meilleur film 2010 ; le même mois, un peu plus au Sud, l’Espagne faisait un triomphe à Celda 211 en lui attribuant le Goya du meilleur film. Le point commun ? Deux films prenant l’univers carcéral comme terrain de jeu. D’un côté un groupe de terroristes corses qui prennent sous leurs ailes un jeune arabe, de l’autre un soulèvement de prisonniers prenant en otage trois terroristes de l’ETA.

Celda 211 prouve encore une fois que le cinéma espagnol n’a rien à envier au cinéma français. Daniel Monzon nous livre un film « coup de poing », qui ne laisse pas indemne. Celda 211 est servi par une interprétation musclée et incarnée, particulièrement par Luis Tosar (qui depuis Te doy mis ojos me fait un peur, et qui maintenant me fait définitivement peur !) qui porte sur ses épaules tout un casting d’enragés, secondé par Alberto Amman, qu’on reverra sûrement bientôt (on l’espère en tout cas). La réalisation est aussi puissante, et efficace, et jamais l’on ne s’ennuie.

Tout semble réuni pour faire un excellent film, et c’est el cas ; mais un détail me chiffonne grandement : le scénario… Tout commençait très bien. C’est le premier jour de Juan en tant que gardien de prison. Alors qu’il visite la prison, il se retrouve en plein milieu d’une émeute des prisonniers, et n’a plus comme solution pour s’en sortir, que de se faire passer pour un nouveau prisonnier… Un super point de départ, bien mis en scène, bien amené. Je dirai que j’ai adoré la première moitié du film ; après, on prend un peu de recul, on examine les détails, et on se dit que tput ça paraît bien irréaliste… Je n’en dirais pas plus, mais pour moi, le scénario va un peu trop loin, et désenchante un peu ce film noir, dur, mais passionnant.

Malgré tout, Celda 211 est un film à voir, et je suis heureuse qu’il soit sorti en France !!

Avec Luis Tosar, Alberto Amman, Antonio Resines, Marta Etura…

Production : La fabrique 2, Morena Films

Distribution : La Fabrique 2

Oy, Oy, Oy, Stephen Frears est de retour avec un nouveau film joyeusement grinçant. Le réalisateur des liaisons dangereuses et de The Queen nous livre une bonne comédie anglaise, tout en finesse, mais bien plus sérieuse qu’elle n’y paraît.

La vie d’un petit village de la région de Londres se passe tranquillement, entre sa pension pur écrivains en manque d’inspiration, son pub et sa jeunesse avide de ragots et surtout d’activités constructives. Jusqu’au jour où Tamara Drewe retourne au village, le nez refait et les shorts raccourcis… Un vent de sensualité et de scandale va alors souffler sur la bourgade…

Tamara Drewe est une comédie aussi acerbe que subtile, aussi divertissante que mélancolique. Alors qu’au premier abord, on pourrait n’y voir qu’un vaudeville, c’est en fait une critique douce-amère du large éventail des comportements humains.

Premièrement les jeunes s’ennuient tellement qu’ils apprennent la vie dans les magazines à scandales, entre deux lancers d’œufs sur les pare-brises des voitures qui passent ; Jody, l’ado exubérante dominée par ses hormones en folie, qui attend avec impatience de se faire dépuceler par sa rock star préférée est juste à se rouler par terre. Surtout que l’actrice la joue si fraîche et naturelle qu’on lui pardonnerait toutes ses bêtises!

Ensuite, la pension pour écrivains ratés ou en mal d’inspiration, que l’on suit en second plan, donne lieu à de bonnes tranches d’humour, aux dépens de ces personnages un peu « loosers » sur les bords, ou bien alors franchement méprisables. Quant à la rock star, le cliché est tellement bon qu’on en redemande ! Mémorable, la scène de séduction à coups de baguettes de batterie !

Le personnage de Tamara Drewe est finalement un des personnages le moins drôle, mais autour duquel gravite tout un monde d’humour. Tamara est une jeune femme qui montre une apparence forte, à qui tout réussit, arriviste et égoïste. Mais cette image semble finalement être une construction personnelle, qui cache un profond mal-être. Tamara est un des personnages les plus vrais alors qu’elle semble être si fausse, avec son petit nez parfait qui l’obsède comme une Cléopâtre moderne. Sa fragilité est un des points les plus frappants du film. Car dans ce film, personne n’est ni tout blanc ni tout noir, la nuance de gris prend largement le dessus, ce qui rend cette comédie particulièrement parlante. Tamara Drewe est bien une pure comédie dramatique, puisqu’elle en abordant les problèmes de fond sans s’appesantir, et tout en faisant rire des petites choses de la vie.

Bref, une petite comédie sans prétention, qui fait du bien aux mirettes (surtout masculines…) et aux zygomatiques.

Avec Gemma Arterton, Roger Allam, Bill Camp, Dominic Cooper, Luke Evans, Jessica Barden, etc.

Production: BBC Films

Distribution France: Diaphana Distribution