Archive pour octobre 2010

Je suis allée voir Buried avec un certain a priori : premièrement, comment ne pas s’ennuyer durant 90 minutes alors que vous n’avez qu’un seul acteur dans un seul décor ? ce n’est même plus du théâtre, c’est un huis clos anti-sartrien qui vous ferait presque dire, ¨le paradis c’est les autres¨ (encore que…). En prime, comme acteur principal, on nous sort Ryan Reynolds, avec sa jolie gueule de minet habitué des comédies romantiques un peu nunuches (bon ok, j’ai adoré La proposition, mais chuuuuut c’est mon côté midinette qui ressort !!) Tout ça sur un fond politisé d’un américain en Irak pour bien alourdir le tout… ça sent le rouchich !!!

Eh bien non messieurs dames, ça sent bon le film comme on les aime : le genre de films qui semble vous dire ¨ouuh j’ai tout pour te déplaire et au final tu vas en redemander¨ ! (bon, en fait, peut-être pas, une heure et demi de claustrophobie c’est peut-être suffisant…) On a le droit à notre grande surprise à 90 minutes de rebondissements en tous genres et à une découverte psychologique du personnage délivrée à petite dose et sans gros pathos.

Le pitch basique : un homme se réveille, ligoté, et réalise qu’il est enterré vivant dans un cercueil.. Il lui reste 90 minutes d’oxygène, un téléphone à moitié vide, et la peur au ventre…

Il fallait oser. Je suis allée voir le film pour ça ; en me disant, comment un réalisateur encore quasi inconnu a pu oser un concept aussi fou ? Eh bien on le remercie, et on peut l’admirer, car ce ne sont pas tous les réalisateurs qui pourraient s’en tirer aussi bien. Pas une minute on ne s’ennuie dans ce thriller hautement psychologique. La caméra reste toujours dans cet espace confiné, sans quitter le seul et unique personnage, à tel point qu’on se sent enfermé avec lui, et on ressent incroyablement fort cette frustration de ne pouvoir l’aider. Il a chaud, on a chaud, il suffoque, on suffoque… On retiendra la première scène du film, ultra réaliste qui donne le ton, à moitié dans le noir le plus total, où on réalise en même temps que ce type inconnu la situation. Très très bon. Sans fioritures ni rien, on est dedans. WOW.

On relèvera bien sûr quelques petits défauts dûs à un manichéisme poussé et à un sujet très polémique et ressassé (ouh le méchant bandit irakien avec sa voix et son accent digne du Oussama ben Ladin des Guignols..), mais plein d’humour grinçant qui nous rappelle bien les origines espagnoles du film. Oui, car il faut préciser que Buried est aussi une critique sociale acerbe qui met en exergue la différence entre l’intérêt individuel du protagoniste en train de mourir asphyxié dans un cercueil et les autres.

On se rappellera ainsi à vie la musique du générique, en totale opposition avec le stress du film, comme un décalage tragi-comique pour rappeler la tonalité du film, et la perpétuelle opposition entre la situation du type enfermé dans sa boîte et ces gens au téléphone bien au chaud, qui répondent leurs phrases préconçues et totalement inapproriées à la « situation ».

En conclusion , Buried ne se réduit pas seulement à un défi réussi ; il s’agit d’un vrai film, comme il se doit. Comme le disait un de mes collègues à ce sujet, il s’agit d’un véritable film d’action qui se passe dans un cercueil en bois et quelques centimètres cube scéniques…et c’est ça le coup de force majeur ici. Rien que pour le fait de nous tenir en haleine une heure et demie avec un seul acteur, un seul espace confiné, et les moyens les plus minimes, Buried et son réalisateur méritent tous les éloges.

Avec Ryan Reynolds, Robert Paterson

Production: Versus Entertainment, The Safran company

Distribution France: Rezo Films