Archive pour janvier 2015

nouveaux sauvages  Warning, Warning ! Vous rentrez dans une zone d’humour hautement corrosif qui peut nuire à votre santé mentale ! À consommer sans modération (ou peut-être un peu, quand même..)!!

Qu’est-ce que les nouveaux sauvages ? Une compilation de 6 histoires différentes, chacune à part, séparée des autres. Avec un point en commun : le grand N’importe quoi (avec un N majuscule vous voyez!).

Oui mesdames et messieurs, Les nouveaux sauvages, c’est une dose de N’importe quoi en barre, comme on en veut et comme on en a besoin de temps en temps.

nouveaux sauvages3De la vieille folle qui veut se débarrasser d’un client infect et lui faire ravaler la monnaie de sa pièce (et avaler de pire choses d’ailleurs), à l’avion qui réunit tous vos ennemis en revisitant y a -t-il un pilote dans l’avion, en passant par le mariage le plus mal parti qu’on puisse concevoir, une dispute d’automobilistes qui tourne au vinaigre (bien aigre surtout), le citoyen poursuivi par la loi de Murphy qui devient fou face à l’administration (ça marche dans tous les pays on dirait!) et le père de famille qui oublie de défendre son fils quand on essaie de profiter de son argent, ce film nous dépeint un monde totalement noir, déjanté et déplacé. Et on en redemande !

nouveaux sauvages1Oubliez les codes de notre société, ils sont renversés pour nous plonger au contraire dans un monde où l’irrationnel prend le contre pied du bon sens : Damian Szifron nous offre 6 sketches qui partent totalement en vrille.

Le coup de maître du réalisateur, c’est qu’en suivant chacun de ces personnages agir de manière totalement dingue… on adore. On plussoie. On applaudit, on se lève, fait la ola… (mais on évite de reproduire quand même, s’il vous plaît !). Les nouveaux sauvages doit être un des films les plus cathartiques que je n’aie jamais vu. C’est comme mettre en scène nos pires pulsions, coucher sur la pellicule nos pires fantasmes de la vie quotidienne et en faire un film. Au fond de nous, on est tous ces nouveaux sauvages, avec les mêmes bas instincts, la même rage et frustration au cœur, et comme c’est bon de voir le résultat ! On a un peu honte certes…mais, c’est booon la honte !

nouveaux sauvages2Voici donc un bijou de cynisme à faire grincer les dents, qui met tour à tour profondément mal à l’aise dans cette atmosphère à la violence gratuite et franche et fait rire aux éclats face au ridicule et à l’absurde de certaines situations.

N’essayez pas de faire sens de ce film. Il n’y en a pas. Accrochez-vous simplement à votre siège et laissez vous guider dans vos rêves de vengeance les plus fous, laissez libre cours à cette part de sauvage qui est en vous !Les nouveaux sauvages est libérateur et jouissif…que du bon ! Déjà culte.

Avec Ricardo Darin, Oscar Martinez, Leonardo Sbaraglia, Erica Rivas

Production: El Deseo (Espagne), Kramer & Sigman Films (Argentine), Telefe (Argentine)

Distribution France: Warner Bros France

et-maintenant-on-va-ou Je voulais parler d’un film qui date de 2011 que j’ai découvert récemment, mais qui est tout à fait d’actualité. Mais il me paraît tout à fait approprié aujourd’hui de faire la critique de ce beau film de Nadine Labaki.

Dans un petit village reculé du Liban, vivent ensemble chrétiens et musulmans, sans accès direct à l’actualité de la guerre qui sévit dans le pays. Dans ce village, où les tensions commencent à se faire sentir, toutes les femmes, quelque soit leur religion vont joindre leurs forces et utiliser la solidarité féminine pour sauver le village du conflit ouvert, en utilisant des stratagèmes pour le moins originaux et savoureux.

La réalisatrice du magnifique Caramel revient pour un second film, toujours au Liban, toujours centré sur les femmes, mais elle troque la sensualité pour la guerre, le caramel pour la comédie musicale. Et Maintenant on va où ? surprend par son format hybride, entre comédie dramatique et musicale, utilisant les musiques et chorégraphies pour montrer, entre autres, la marche à l’unisson des femmes, dans une première scène marquante et admirablement orchestrée. Le film aurait été tout aussi bien sans à mon goût, mais c’est une touche d’originalité qui accentue encore plus le caractère féminin du film, et qui en fait une fable intemporelle et universelle, déconnectée de tout conflit précis et les symbolisant tous à la fois. D’un autre côté, le traitement de l’image reflète quant à lui la chaleur des relations, des caractères, et des conflits : une chaleur tour à tour positive ou négative, entre fougue et passion.

where doEt maintenant on va où ? traite de manière à la fois drôle et émouvante de la guerre, et du rôle des femmes dans le maintien de la paix entre communautés. Le postulat du film, qui bien entendu force le trait pour mieux faire passer le message, c’est que les hommes sont bien prompts à plonger dans la violence, à suivre leur instinct vengeur et sanguin, à laisser cours à leur passion colérique et à céder à l’envenimement des rancœurs. Pour éviter cela, les femmes du village, de tous bords, vont tout faire pour détourner leur attention du conflit, pour retarder le déchaînement de cette surenchère de violence, qui décimerait le village… et pour cela tous les moyens sont bons, et surtout les plus farfelus !

et-maintenant-on-va-ou-where-do-we-go-now-2011-2-gC’est là le génie de Nadine Labaki, qui choisit un thème gravissime mais l’aborde avec une dose d’humour bienvenu et bon enfant, d’un entrain faussement naïf. C’est en effet une prouesse d’aborder un tel thème tout en nous laissant le sourire, comme une bouffée d’air frais dans ce marasme belliqueux, une note d’espoir dans un avenir orageux. À cette crise sérieuse, les femmes apportent leurs solutions en apparence superficielles qui évite la suspicion de leurs moitiés, qui n’y voit que du feu, pour le plus grand plaisir de nos yeux. « Ah les femmes et leurs mystères… » pensent-ils ! Les femmes du village, en stratèges avérées, iront même jusqu’à ramener des danseuses russes pour que les hommes concentrent toute leur testostérone sur les jeunes étrangères, au lieu de s’entre-tuer ! C’est donc avec un ton tour à tour léger et dramatique que la réalisatrice nous présente ce combat, en apparence futile, et pourtant si critique. Le rôle des femmes dans ce film est d’une force incroyable, un hommage à ces épouses et mères protectrices qui s’unissent malgré leurs différences pour sauver leur village, et ainsi leur vie.

Ce film dans les circonstances actuelles, donne à réfléchir. Nous sommes à quelques jours des attentats de Charlie Hebdo, nous venons de vivre une journée de rassemblement national pour la liberté d’expression. C’est très bien, c’est beau, émouvant, ça nous rend fiers d’être français. Mais MAINTENANT, ON VA OU ? Car sincèrement, je pense que beaucoup de gens oublieront, bientôt, le vrai sens de cette marche, et les attentats qui ont précédé. Le but de la marche c’était l’unité nationale. Envoyer un message très clair, qu’on ne se laissera pas diviser par cet incident, bien au contraire, qu’on en sortira encore plus unis. C’est beau sur le papier, c’est loin d’être le cas.
Notre unité nationale, c’est à partir d’aujourd’hui, pour protéger notre Nation, mais par ce biais et de manière plus personnelle protéger nos familles, notre mode de vie, notre quotidien ; et ce sera une mission de tous les jours, difficile, et il faudra, avec le même amour et le même humour que ces femmes dépeintes par Labaki, continuer de vivre sans tomber dans une haine trop facile et généralisée ; ne pas chercher de bouc émissaire, bien discerner les véritables enjeux et coupables. Comme ces mères, il ne faudra pas céder à la haine et la violence gratuite qui accompagne la vengeance et la banaliser, il faudra apprendre au contraire à détourner les yeux tous ensemble de la cruauté et de l’hostilité, et c’est là ce qui demande le plus de cran.

Avec Nadine Labaki, Yvonne Maalouf, Claude Baz Moussawbaa

Production: Les Films des Tournelle, en partenariat avec Pathé et France 2

Distribution France: Pathé Distribution

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Whiplash-Poster-slice   Whiplash porte bien son nom. Tel un coup de fouet frappé en plein cœur sous nos yeux ébahis de spectateurs, ce film hautement maîtrisé nous électrise sur place. Whiplash prend tellement à la gorge qu’on a du mal à expliquer pourquoi. On reste juste à se dire qu’il est difficile de taper plus juste.

Whiplash, c’est l’histoire d’Andrew, un jeune batteur de 19 ans, plein de rêves et d’ambitions, et plein de talent aussi, ce qui l’amènera au très prestigieux conservatoire de Shaffer, où enseigne un des professeurs les plus renommés, Terence Fletcher. Mais il n’est pas donné à tout le monde de faire partie de l’orchestre du grand Fletcher, surtout d’y rester et d’y survivre physiquement et psychologiquement.. car c’est un véritable tyran de perfectionnisme. Le coup de fouet, c’est aussi la sensation ressentie à chaque remarque assenée par Fletcher à un de ses musiciens, cinglante et terrible.

Whiplash-5547.cr2La force du film de Damien Chazelle réside dans une sobriété saisissante, un monde assez obscur, torturé, martyrisé à l’image de l’esprit du jeune Andrew, un message subtilement amené, et une force de chaque instant, dans la musique comme dans le jeu magistral des acteurs, qui nous communiquent à la fois et tour à tour leur passion, leur obsession et leur rivalité. On ressent en effet à chaque mesure l’admiration malsaine et l’ambition dévorante d’Andrew, face au comportement manipulateur et abusif du professeur.

whiplashQuoi de mieux comme instrument que la batterie pour représenter cette rage de vaincre, de réussir, de devenir grand, pour nous envelopper de cette noirceur si réaliste, dans cette incompréhension du génie, telle une folie que seuls certains élus peuvent comprendre.

Car Whiplash impose cette loi implacable : le génie n’est pas compatible avec le bonheur. La grandeur a un prix que nous ne sommes pas tous prêts à payer. Cette vérité implacable est distillée à chaque goutte de sang versée dans l’effort. Telle est la terrible leçon de vie de Whiplash.

whiplash2De manière très personnelle, ce film m’aura marquée, estomaquée. Je revois encore les scènes rythmiques, la hargne et la force dans chaque coup de baguette, chaque caisson battu, chaque cymbale frappée. C’est à l’image du film, qui me fouette en plein visage. Chaque coup me scotche, me plonge dans un suspense phénoménal. Je retiens mon souffle, j’ai l’impression que la vie du jeune homme est en jeu. Mon coeur bat aussi vite qu’Andrew joue de la batterie. Insupportable, suffocant, mais une maîtrise parfaite du réalisateur, qui pour le coup ne fait aucune fausse note.

Et tel un papillon sortant de son cocon, le jeune musicien ambitieux se transforme en artiste magnifique devant nos yeux, lors d’un dernier battement.

 

Avec Miles Teller, J.K Simmons, Paul Reiser

Production: Blumhouse production, Bold Films, Right of way films

Distributeur France: Ad Vitam