Archive pour février 2015

le prix à payerVoila un documentaire que nos chers « libertariens » américains taxeraient de communiste je crois… Comment?? Il y aurait un problème dans le monde de la finance actuelle? On ne devrait moralement pas mettre des milliards de revenus d’entreprise dans des paradis fiscaux?? Mais, où va le monde?! 
Le prix a payer commence par un parallèle entre l’époque pré-révolutionnaire française et aujourd’hui avec la montée des extrêmes politiques en temps de crise, montrant que nous sommes en fait en train de revenir petit a petit à une société aussi inégale, ou les riches ont de plus en plus de privilèges et de richesses et les pauvres et classes moyennes basses se retrouvent a supporter les impôts et taxes en tous genres. Alors oui, ça parait un peu moralisateur dit comme ça, mais ce doc est édifiant. Et un peu de morale de temps en temps ne fait pas de mal à notre sens éthique, pour ceux qui s’en encombrent encore…

Ce film a une problématique très simple : comment arriver à limiter les dégâts des dérives de la « Planète finance » sur nos sociétés? on commence par nous expliquer les origines historiques de la possibilité de ces dérives, merci la Grande Bretagne, et la fainéantise de Guillaume le Conquérant et nos chers compatriotes français (Cocorico un jour…) qui n’ont jamais pris La City et ont ainsi permis l’installation de lois à part dans cette partie de la région londonienne, qui donnera, bien bien plus tard, les origines des paradis fiscaux, et qui s’étendront aux différentes colonies puis ex-colonies britanniques comme les îles Caïmans, l’île de Jersey, etc. Les autres États ne pouvant pas lutter contre ce système, s’y mettront aussi, et permettront au « flou réglementaire » financier actuel de se mettre en place et de devenir la règle. Bien que le monde de la finance brasse tant de milliards, les gains des entreprises, de la finance mais aussi de l’économie numérique, ou autres multinationales en tous genres profitent de ce système dématérialisé pour réduire leur niveau de taxe au plus bas, ne reversant ainsi presque rien pour les populations dans les économies locales. Mais alors qu’une taxe sur la spéculation financière pourrait permettre sinon de solutionner le problème mais au moins permettre une certaine redistribution des bénéfices sans pour autant ruiner le système, les politiciens du monde occidental ne sont pas prêts à faire passer des lois dans le sens de cette « taxe Robin des Bois », trop effrayés de voir partir les grandes banques et sièges dans des territoires plus « flexibles ». Voilà un résumé qui prend quelques raccourcis sur la complexité du sujet, et qui manque d’illustrations hautement explicites, mais bon, pardonnez à la novice que je suis d’essayer de transmettre un propos qui me dépasse haha
Tout d’abord, ce documentaire est particulièrement bien documenté et  expliqué: Personnellement je ne suis ni économiste ni banquière, et je manipule bien  mieux les mots que les chiffres (du moins j’espère…sinon ce blog n’a vraiment aucun avenir!). Pourtant j’ai eu l impression de vraiment saisir les enjeux du film, et plus largement du problème politico-financier qui a tant de répercussions sur notre société. C est dire comme ce doc est didactique. Beaucoup d’informations à retenir, on ne peut pas perdre sa concentration sous peine de ne plus suivre, mais les enjeux sont exposés de manière simplifiée et surtout qui sonne juste. Chaque témoignage, interview d’intervenants tous plus qualifiés les uns que les autres que les autres pour parler du sujet, est frappant et nous donne une image bien  claire et synthétique du problème, tout en nous rappelant comment on en est arrivés la.

Le contenu est donc certes saisissant, mais il faut aussi préciser que le montage accompagne énormément la pertinence du propos. Le message passe subtilement à travers les extraits d’auditions des grandes compagnies, à travers les images d archives qui portent toute l’ironie du capitalisme ; Oui, on peut rire devant Le prix à payer, devant l’incroyable nonchalance des entreprises fraudeuse mise en lumière par les juges des comités de lutte contre la fraude fiscale.

On comprend et veut rejeter toute l’injustice de ce monde après avoir vu ce documentaire militant qui vise juste, et qui donne envie de descendre dans la rue, tous ensemble, tels une bande de petits David contre les quelques Goliath de ce monde.

Production: InformAction Films (Canada)

Distribution France: ARP Sélection

the cut1Fatih Akin est de retour avec un film, ô grande surprise, sur la Turquie. Mais voilà, cette fois-ci, sur le génocide arménien.

Nazaret Manoogian est un jeune forgeron, doué, heureux, avec une femme et deux belles filles qu’il aime et qui l’aiment. Tout semble aller bien pour lui malgré la première guerre mondiale qui sévit en toile de fond… jusqu’au jour où l’armée ottomane vient retirer tous les hommes arméniens de leur famille et les réduire en esclavage pour ensuite les tuer au fin fond du désert. Ce qui arrive à Nazaret, arraché à sa famille, sa femme et ses deux filles, sans une véritable chance de dire au revoir. Il sera sauvé in extremis, par un jeune turc refusant l’horreur du génocide et fera semblant de l’égorger… mais cette supercherie qui lui laissera la vie sauve, est aussi responsable d’une blessure à la gorge : à partir de là, Nazaret sera muet, et on le suivra sans un mot lors de son périple.

the cut3Ce que j’aime bien dans The Cut, c’est justement la facilité avec laquelle l’histoire passe malgré l’absence de parole du protagoniste. Un joli tour de passe passe de la part de Fatih Akin, qui en prime nous offre une belle destinée personnelle au lieu d’un film purement historique et funéraire sur le génocide. La dureté du génocide est abordée bien entendu, mais le réalisateur préfère saisir l’espoir à travers l’épopée du forgeron sur les pas de sa famille. Nazaret traversera ainsi désert, montagnes, villes, et même pays voire continents pour retrouver sa famille, dans une poursuite apparemment sans fin de la diaspora arménienne. Il nous montrera des lieux uniques, des paysages à couper le souffle, de la chaleur insupportable des pays orientaux au froid de l’hiver américain ; Une manière subtile de nous expliquer l’exil des arméniens après le génocide, sans nous faire un cours d’histoire didactique et trop explicite. Touche par touche, on comprend, on apprend. Joli.

the cut2Mais ce joli essai n’est malheureusement, à mon goût, pas transformé. La fable pleine d’espoir s’essouffle après quelque temps. Premier détail qui ne colle pas. Sympa Tahar Rahim, il passe bien à l’écran, joue bien les muets expressifs, mais alors qu’il doit jouer un père de famille sur une quinzaine d’année, il paraît toujours aussi jeune, plus jeune que ses enfants au bout d’une moment !…pitié sortez le maquillage, rajoutez-lui quelques rides qu’on puisse y croire, car les trois cheveux blancs qu’il nous montre ne sont largement pas suffisants pour entériner sa crédibilité !
La musique aussi, qui façonne l’atmosphère moderne du film, est très originale, mais pas assez développée. On aurait aimé plus de sons différents, plus de morceaux. Mais comme à l’image du film, la bande son n’est pas assez travaillée, pas poussée au perfectionnisme qu’on aurait tant aimé.
Quant à la longueur de film, elle se ressent assez vite, non pas dans le rythme, mais dans l’essoufflement de l’histoire, un trop grand voyage qu’on n’est pas forcément tous prêts à faire ou juste suivre.

C’est bête, on aurait bien voulu être embarqués.

Avec Tahar Rahim, Simon Abkarian, Makram Khoury

Production: Bombero International, Pandora FilmProduktionen, Jordan Films, Corazon International; coproduction: Pyramide Productions, Dorje Films, Mars Media Entertainment

Distribution France: Pyramide Distribution