Archive pour mars 2015

the voicesCe n’est pas sur un film de serial killer qu’on aurait attendu de la part de Marjane Satrapi, auteur-dessinatrice et réalisatrice du fabuleux Persepolis. Pari risqué pour la franco-iranienne, mais pari réussi. Car The Voices, est sans contexte un excellent film hors des sentiers battus.

Jerry est ouvrier dans une usine de baignoires dans la petite ville américaine de Milton. Sa petite vie tranquille se résume à son travail, ses rendez-vous chez la psy, et ses conversations avec Bosco et Monsieur Moustache, ses deux meilleurs amis…son chien et son chat. Eh oui, derrière son sourire angélique, sa bonhomie inscrite dans chaque trait, Jerry est schizophrène. Tout va bien, jusqu’au jour où Jerry rencontre Fiona la British sexy du service comptable, dont il tombe éperdument amoureux. Et sur un honnête malentendu, Jerry tue Fiona…ce qui commencera une spirale dans laquelle Jerry, gentil psychopathe au bon fond, s’enfoncera.

the voices2On sent la patte de la dessinatrice dans ce film, dont l’image est ultra travaillée, puisque l’état d’esprit de Jerry, où tout est plus fort, plus extrême, transparaît à travers ce travail de l’image, des couleurs, des lumières, des plans. L’enchaînement des séquences, opposant la vie du protagoniste à celle des autres gens, sa vision de son univers et celle des personnes extérieures, nous permettent de prendre la mesure de la folie du personnage.Tout est étudié au moindre détail prêt. C’est je pense pourquoi il est rare de voir un film qui dépeint si bien le mal dont souffrent les schizophrènes, sans tomber dans le pathos ou le cas d’études.

 

the voices1The Voices est à l’image de la vie de Jerry, entre explosions de couleurs pastel, musique pop vintage et joie extrêmes, souvenirs sombres et refoulés, et thriller oppressant. On navigue d’un genre à un autre d’une manière extrêmement naturelle, et on rentre dans cette petite routine où les frontières entre réalité et hallucinations sont floues, où le bien et le mal se confondent. Il est difficile de ne pas aimer le personnage de Jerry, tellement adorable, pris entre ses deux animaux de compagnie ange et démon, aux conseils contradictoires, et lui, piégé au milieu de cette relation chat et chien personnifiée. Et c’est ça, ce qui est terrifiant dans The Voices: on met très longtemps avant d’accepter que Jerry puisse être notre pire cauchemar…

the voices3Ryan Reynolds était sûrement le meilleur choix possible pour ce film. Dès les premières minutes du film on en est convaincus. Avec son petit air si naïf, si mignon (choisir un des « sex symbols » les plus à la mode à Hollywood renforce encore plus cet impression) on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Personne ne paraît aussi inoffensif que notre petit Jerry. Et pourtant, subtilement, Reynolds sait nous montrer sa part d’ombre, nous laisser deviner l’étendue de son côté obscur sans jamais en faire démonstration.

The Voices, est un film particulièrement intelligent, à la fois drôle et gênant. On commence par ne voir que le côté humoristique du film, puis la folie monte, progressivement, et commence à nous glacer le sang. Marjane Satrapi n’a clairement pas fini de nous surprendre, et j’attends son prochain défi avec impatience.

Avec Ryan Reynolds, Gemma Arterton, Anna Kendrick

Production: Mandalay Vision, Vertigo Entertainment, Studio Babelsberg

Distribution France: Le Pacte

kingsman-posterDès les premières secondes du film, j’ai senti que je commençais bien le weekend. J’avais choisi le parfait film pour ça ! À peine les premières images et qu’est-ce que j’entends ? Money for nothing de Dire Straits, une de mes chansons fétiches, qui, il faut le reconnaître, file la banane, la pêche, la patate..ce que vous voulez. Rien de mieux pour attirer mon attention (oui oui, je suis persuadée que Matthew Vaughn a fait son film en pensant à ma réaction, bien sûr!) Et paf, ça part dans tous les sens, on est projetés dans une scène d’introduction et un générique survitaminés, ultra travaillés pour donner une première impression qui donnera le ton pour la suite. Pas le temps de rire, c’est du sérieux !

Et pourtant, Kingsman est une des meilleures comédies du moment. En reprenant habilement le genre de l’espionnage, dont le plus réputé de tous les agents est bien sûr leur James Bond national, qui aura fait et continue de faire le tour du monde comme le meilleur ambassadeur de la classe britannique, Matthew Vaughn entreprend de moderniser le genre, en adaptant au cinéma cette bande dessinée à succès.

Kingsman3Le film commence par la mort d un jeune agent en formation chez les Kingsmen. Qui sont les Kingsmen ? Bonne question. C’est une agence de renseignement ultra secrète, composée d’un petit groupe d’espions ayant comme noms de code les patronymes des membres de la table ronde, et comme coubverture un atelier de tailleur. Lorsque l’un d’entre eux meurent, on le remplace, mais il n’y a pas de création de poste  chez les Kingsmen !Après la mort de cet apprenti, le seul à ne pas être issu d’une lignée aristocrate, l’agent Galaad, incarné par Colin Firth, donne à sa femme et son fils Eggsy une médaille qui leur permettra de le retrouver et le contacter, si un jour ils ont besoin d’aide… 17 années passent, et Eggsy a grandi. Sa mère s’est recasée avec un malfrat du coin, et Eggsy semble plus attiré par les barreaux que par les études. Et alors qu’il se retrouve au commissariat, dos au mur et à deux doigts d’effectivement finir en prison, Eggsy contacte enfin Galaad…Galaad décide alors de sortir Eggsy de cette situation et de l’intégrer a la sélection du nouveau Kingsman après la mort de Lancelot…ou pour résumer: un prolo chez les aristos, dans un processus initiatique qui rappelle bien un autre prolo anglais populaire, Harry Potter qui débarque à l’école des sorciers. La version moins naïve et plus musclée bien sûr !

Kingsman1Ce qui est intéressant avec Kingsman, c’est que cette comédie est beaucoup plus qu’un simple divertissement. elle en dit long sur une certaine société britannique, sur l’identité britannique, la « Britishness » et son sens a l’ère contemporaine. Faut-il être un de ces riches gentlemen pour incarner les valeurs nobles anglaises sur le grand écran? James Bond aurait-il pu être un prolétaire venant d un quartier défavorisé? Dans ce film « 100% so British » qui ne plaisante pas avec les valeurs de sa Majesté (certaines choses se respectent en toutes circonstances, comme les bonnes manières…ou le bon whisky!) on nous livre une étude sociologique qui nous donne la solution. on ne naît pas gentleman, on le devient. Et par contre, quand on est un vilain américain, on mange MacDo, on s’habite en survêt’ orange fluo et en casquette toute moche: incarné par un Samuel L.Jackson qui imite parfaitement le cheveux sur la langue, notre antagoniste à la Steve Jobs ayant pété les plombs est un bon moment de cinéma.

Kingsman2On ressort du film, réconcilié entre les 2 générations. Kingsmen est un clash entre la vieille école des films d’espions traditionnels, les vieux James Bond dont certains auront sûrement la nostalgie, et les nouvelles écoles, dont les diverses influences créent presque une nouvelle culture cinématographique. Or dans le film, les deux générations, incarnées par Colin Firth et Taron Egerton, se toisent, se respectent, et se passent le flambeau, avec des scènes de combats a la fois so British (c’est fou tout ce qu’on peut faire avec un parapluie, vraiment!), et orchestrées presque comme un jeu vidéo grandeur nature ou un Walking Dead en moins crade. Une explosion déjantée de culture pop dans nos mirettes, et des tractions pour nos zygomatiques, sur fond de bande sonore Best of Rock.


Kingsman4Au final, c’est un grand hommage a la tradition de la vieille garde, leur costumes a la classe intemporelle, leur flegme caractérisant, et surtout les gadgets si futiles en apparence mais plus affûtés qu’un couteau suisse sortant de l’aiguiseur. comme si Matthew Vaughn souhaitait nous dire, oui, la nouvelle génération sait s’y prendre aussi, mais elle respecte et s’inspire de ce qui s’est fait avant, car notre passé n’est pas ringard mais fait partie de nous…c’est beau, mais c’est surtout l’humour British a son « must ». Précieux et fin il sait l’être moins aussi, mais toujours avec l’élégance que nous connaissons a notre chers voisins de l’autre cote de la manche!

En bref, Kingsman est un joyeux mélange d’influences qui nous prouve que le cinéma anglais ne compte pas pour des prunes, et qu’on peut rajeunir James Bond et ses copains.

…et une dernière petite photo pour le plaisir des yeux mesdemoiselles…!! (mon côté midinette ressort, help!!)

Kingsman last

Avec Colin Firth, Michael Caine, Taron Egerton, Samuel L. Jackson, etc.
Production: 21st Century Fox, Marv Films
Distribution France: 21st Century Fox France

affiche_PoTN 15-01Avec un tel titre on s’attend à découvrir la vie effrénée et multiculturelle d’ une mégalopole islandaise. Bon, quand on sait que la population de l’Islande est de 325000 habitants on sent vite le coup fourré… ce titre est en effet bien teinté d’ironie!

Paris of the North est en fait un petit village, où Hugo, jeune instituteur est venu se réfugier. Loin de la ville et son tumulte, son alcool coulant à flot, ses souvenirs durs à gérer… Hugo s’est construit une vie reculée de tout au village, où il passe le plus clair de son temps à courir. Courir pour oublier, pour compenser, pour retrouver une paix intérieure et communier avec cette nature environnante incroyable. Jusqu’à ce que Viegar, son père parti en Thaïlande quelques années auparavant, ne décide de lui rendre une visite… Adieu la paix intérieure.

paris-of-the-north1Dit comme ça le film parait un drame nordique a glacer le sang et a faire comprendre les taux de suicide des pays nordiques. Mais en fait, Paris of the North est une histoire pleine d humour qui prend du recul sur les relations humaines et surtout père / fils, et sur ce village reculé comme symbole de refuge, de fuite.

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir de bons parents, c’est particulièrement clair dans Paris of the North, avec Viegar en éternel fuyeur de responsabilités, sans gêne lorsqu’il s’agit de draguer l’ex de son fils, de remplir de bières le frigo de son fils alcoolique repenti. Un vrai cas. Mais ce qui est intéressant, c’est aussi cette réflexion sur cette relation filiale qui à partir d’un certain âge s’inverse…alors que Hugo, 37 ans, est arrivé à une certain niveau de maturité et responsabilité, son père en régression totale est en décalage permanent, surtout quand il commence à être malade et que son fils doit s’occuper de lui… la relation père- fils s’inverse donc, d’une manière bien amenée, dure et tendre à la fois, mais jamais sans tomber dans le pathos.

paris-of-the-north2D’un autre côté le film se centre sur la transition d’Hugo, ex dépressif et alcoolique qui s’inflige une retraite parfaite dans cette nature éloignée de tout. Isolé des tentations, de sa vie normale, il fuit, décide de ne pas vivre pour ne pas souffrir. E core attaché à son ex qui vit désormais au Portugal, il prend des cours de portugais, ce qui au fin fond de cette nature islandaise environnante crée un décalage assez amusant. Ex alcoolique, il assiste à des réunions d’alcooliques anonymes…dont les deux seuls autres membres sont le père de son ex…et l’ex de son ex. Gênant et jubilatoire à souhait.
paris-of-the-northCe qui nous marque dans ce film c’est omniprésence de cette montagne, énorme, imposante, massive. Une montagne qui inspire force et stabilité, comme si Hugo s’était réfugié auprès d’elle pour trouver la force et la paix dont il a besoin pour reprendre le cours de sa vie, telle une figure quasi maternelle berçante et rassurante à la fois.

Le film montre tout autant un aperçu de la société rurale islandaise que les relations humaines universelles auxquelles nous connectons sans problème. Avec humour et finesse, Hafsteinn Gunnar Sigurðsson nous emmène là où il veut, et au lieu de nous déprimer avec un sujet dur, il nous laisse une bonne dose d’espoir pour reprendre la route de notre vie.

 

Cast: Avec Björn Thors, Helgi Björnsson, Nanna Kristin Magnusdottir 

Production: Zik Zak Filmworks

Distribution France: Arizona Films