Archive pour septembre 2015

A030C037_141120NC

Quand je pense que Dheepan est la palme d’or de cette année, je me dis qu’on peut être fier de notre cinéma hexagonal… mais que de toute évidence il n’aura pas un impact aussi positif qu’Amélie Poulain sur le tourisme français… trêve de plaisanterie douteuse! Jacques Audiard, notre maître incontesté du réalisme à la Zola, nous emmène cette fois-ci dans le cœur des cités.
Audiard délivre ici comme à son habitude un beau film, qui nous plonge directement dans le thème de l’émigration et les ghettos de région parisienne, à la croisée entre Samba et la Haine. Mais pour autant, Dheepan, aussi beau soit-il, n’est à mon goût pas aussi abouti que les deux films que je viens de citer. Ni suffisamment subtil, ni suffisamment coup de poing, il présente une partie de la terrible réalité de nos banlieues, sans toutefois vraiment la nuancer.

dheepan2Dheepan se centre sur le personnage éponyme, ancien soldat sri-lankais qui pour fuir le pays a dû s’allier avec Yalini, une jeune femme de 26 ans et Illayaal, orpheline de 9 ans, et ainsi créer une famille de toute pièce pour obtenir de faux papiers, et aller en France. Une fois sur place, Dheepan devient vite gardien d’immeuble, dans un groupe de barres HLM au Pré-saint-Gervais, en Seine saint Denis. Autant dire que ce n’est pas l’endroit le plus charmant de France… la famille recomposée devra donc apprendre à vivre au milieu des trafics de drogues, la violence qui en découle, et une culture musulmane dominante. Audiard distille son propos à travers le regard du couple recomposé, pour nous faire ressentir l’angoisse passée, présente et future que représente leur statut, leur adaptation fragile à un environnement où tout et surtout  la langue leur est inconnu, entre l’espoir d’une vie meilleure, les fantômes de la guerre, et l’attente des papiers officiels.

dheepan1Si la première partie du film est un magnifique exemple d’ultra-réalisme, qui nous plonge dans cette condition de migrant, telle qu’elle est, sans mélo, sans dureté inutile, il apparaît dans la deuxième partie du film que le vrai sujet abordé par Audiard, est en fait la Banlieue, celle tant redoutée dans l’imaginaire des français, celle des no man’s land où même la police n’entre pas. C’est là où le parti pris du réalisateur devient évident, voire trop évident, en comparant presque les guerres de gangs avec la guerre contre les Tigres au Sri Lanka, et en frôlant le raccourci honteux sur la scène finale. Est-ce un élan de chauvinisme de ma part de penser qu’on ne peut pas présenter le Royaume-Uni comme le rêve de tout migrant, sans apporter la moindre nuance ? Certes la France n’est pas « le monde des bisounours », mais cette simplification proposée en conclusion me dérange fortement.

En bref, ce n’est pas le meilleur film d’Audiard, pas aussi fort et marquant que Le prophète, mais cela reste un très bon film français ; ce qui est discutable, c’est le message du réalisateur, mais pas son talent, qui est omniprésent dans le film.

Avec Antonythasan Jesuthasan, Kalieaswari Srinivasan, Claudine Vinasithamby

Production: Why Not productions

Distribution France: UGC Distribution