Comment caractériser le nouveau film de Steven Soderbergh ? C’est aussi difficile que de caractériser le personnage principal de ce nouveau film. The informant ! cache en effet bien son jeu : de prime abord, il semble rentrer dans la catégorie des comédies totalement barrées, prenant un sujet sérieux et le décalant totalement.

Mark Whitacre est le plus jeune directeur de son entreprise ADM. Il n’a que le maïs et la lysine à la bouche, et pas tellement mieux dans son assiette. Mais découvrant un virus dans leurs usines, ADM décide de faire appel au FBI pour découvrir le saboteur. Mark va non seulement collaborer, mais même dénoncer les négociations illicites de fixation des prix auxquelles est mêlée ADM… Il devient alors informateur, position qu’il vit comme un rôle d’acteur de cinéma, avec le même zèle, et l’apparence grotesque en plus. Il passera d’ailleurs son temps à se comparer à Tom Cruise dans La Firme !

A partir de là, commence la chasse à la vérité, à tel point qu’on s’y perd. En fin de compte, qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui est faux ? Steven Soderbergh ne doit pas le savoir lui-même, et c’est son désarroi qui transparaît à travers l’écriture de ce personnage aussi énigmatique qu’illogique. On comprend mal finalement ses motivations, ce qui nous laisse sur notre faim quand l’épilogue arrive… On ne sait toujours rien pour sûr !

C’est en partie pour cette raison que ce film laisse une impression mitigée ; aussi, on a le sentiment que ça traîne en longueur, alors que le film ne dure qu’1h47, ce qui est probablement dû au fait qu’on nous fait tourner en bourrique pendant toute la première partie du film. On croit qu’on regarde un film d’espionnage mais on assiste finalement à la décadence de Super « Mytho » Man.

Mentionnons maintenant la prestation jubilatoire de Matt Damon, toujours à la limite entre le sérieux que confère son poste de directeur, et la caricature qu’amène son caractère mythomane et plein d’espoir naïf. On le félicite aussi pour son relooking « sac à patates », bien loin du beau blond à midinettes qu’on a déjà pu voir !

Dans ce panel d’éléments mitigés, on notera néanmoins quelques excellents points dans la réalisation, et quelques trouvailles scénaristiques :

Premièrement, je dis un grand merci pour le choix de la musique de Marvin Hamlisch, gaie et entrainante… qui semble-t-il n’a rien à faire là ! Dans des séquences d’espionnage, de double-vie, la petite musique joyeuse et dansante provoque un décalage intéressant, qui reflète sûrement l’enjouement de Mark dans son rôle de « gentil » qui lutte contre les « méchants ».

Deuxièmement, on entend très souvent une voix off qui représente les pensées de Mark, une voix qui énonce des propos en total décalage avec l’action ou la conversation en cours, des propos d’un calme et d’une banalité qui déroutent. On comprend petit à petit que rien n’angoisse Mark, mentir et jouer un double jeu lui sont une seconde nature.

Et pour finir, le meilleur point du film, la petite touche humoristique : les dialogues réservent quelques petits moments cocasses très agréables à suivre, comme une petite note de légèreté dans toute cette mascarade psychologique.

The informant ! essaie donc de transposer un sujet a priori grave et sérieux dans un registre de comédie décalée ; mais l’essai n’est pas assez concluant, à cause d’un scénario mal équilibré et d’un sujet adapté d’une histoire vraie sur lequel personne n’a le recul suffisant.

En bref : un Soderbergh sympa, mais il nous a habitué à mieux, que ce soit dans le divertissement pur (Ocean’s Eleven) ou dans le film plus social (Erin Brokovitch).

Avec Matt Damon, Scott Bakula, Mélanie Linksey

Production : Section Eight

Distribution : Warner Bros.

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