Mais qui est donc ce réalisateur Alien, capable de réaliser Tesis, sommum de l’angoisse, à Mar Adentro, drame sublime?

Mar Adentro est l’histoire vraie de la vie, ou plutôt la mort de Ramón Sampedro, le premier espagnol à avoir demandé au gouvernement la légalisation de l’euthanasie active. Un thème comme on le voit, particulièrement fort et dramatique, qui évite pourtant le piège du mélo à faire pleurer dans les chaumières.

Je ne dis pas que Mar Adentro ne vous fera pas pleurer, mais l’émotion passe en subtilité, sans grand discours, sans jeu théâtral de la part des acteurs, simplement par l’évocation du drame même qu’est la vie de Ramón. On s’imagine à sa place, on comprend son point de vue, qu’on soit pour ou contre l’euthanasie.

Plus qu’un film promouvant la légalisation de l’euthanasie, ce film montre la vitalité, l’intensité, la joie de vivre d’un homme qui veut mourir. C’est un paradoxe particulièrement déroutant, qu’on a du mal à accepter, mais qui fait là toute la beauté de ce film. Car c’est en montrant un homme si exceptionnel et rationnel que Ramón Sampedro qu’on comprend ce que l’euthanasie peut lui apporter. Un homme aussi bon, aussi intelligent mérite une fin à sa hauteur : il mérite de retrouver la liberté dont il se sent privé.

La réalisation, à la fois aérienne et ouverte sur un monde de possibilités est assez impressionnante de sobriété, dans le bon sens du terme. C’est la musique qui surprendra le plus, presque enjouée, pleine de vie, d’histoire, d’espoir ; une musique aux accents celtiques, inspirée, qui nous transporte aux antipodes de la chambre confinée de Ramón.

Un grand bravo aux acteurs, sobres, réalistes, émouvants ; et à la maquilleuse qui a dû passer des heures à vieillir Javier Bardem tout en douceur pour rendre crédible son rôle de quinquagénaire tétraplégique.  Ce dernier arrive à faire passer toute la tragédie d’être bloqué sur un lit tout en transpirant la bonne humeur et le charme opère instantanément. Belen Rueda sort de son registre habituel (à l’époque elle sortait tout juste de la série La Famille Serrano, série familiale à caractère humoristique) et l’on prend alors conscience de tout son talent dramatique, sous-exploité jusqu’ici.

On remercie Amenábar pour cette grande leçon de vie, de cinéma et ce trop plein d’émotions qui donne envie de croquer la vie à pleine dents, nous qui pouvons serrer dans les bras les êtres chers.

Une réponse à to “Mar Adentro, d’Alejandro Amenábar”

Laisser un commentaire