“Abre los ojos, abre los ojos”… Ces mots nous hantent durant la totalité du film, chuchotés dès les premières secondes, comme une requête plaintive…

Pourtant César n’a aucune raison d’ouvrir les yeux. Le grand génie du film, c’est qu’on ne sait jamais lorsqu’ils sont ouverts ou non : autrement dit, on oscille entre rêve et réalité, entre fantasme et éveil. Ouvre les yeux, c’est le genre de film qu’il faut voir plusieurs fois pour remettre les morceaux du puzzle l’un après l’autre, et pour comprendre alors la complexité d’un scénario merveilleusement maitrisé.

Ce scénario, on le doit à Mateo Gil et Alejandro Amenabar, un duo plus que talentueux qui écrase toute forme de scepticisme sur son passage. César (Eduardo Noriega) est un jeune homme à qui tout réussit. C’est un bel héritier, amoureux des femmes, mais amoureux d’aucune. Jusqu’au jour où il rencontre Sofia, interprétée par une Penelope Cruz pleine de fraîcheur, incarnant l’orée du changement dans la vie de César, un avenir d’amour véritable…

Mais un changement ne vient jamais seul : en sortant de chez Sofia, il croise Nuria, une ex-amante envahissante qui va tout faire pour le récupérer…Jusqu’à se suicider avec César dans la voiture. Mais César, par chance ou malchance, survit, et se retrouve défiguré après l’accident. Sa vie change du tout au tout, lui qui vivait une vie de conquêtes féminines se renferme sur lui-même, aux confins de sa conscience.

C’est avec cette trame qu’on commence une aventure dans l’esprit humain, dans ses méandres les plus reculés, essayant nous-mêmes de distinguer le vrai du faux, ce qui se déroule dans notre réalité et ce qui émane de l’esprit de César.

Ouvre les yeux est donc un thriller psychologique s’il en est, une enquête mené par César lui-même, et sur son propre esprit.

Amenabar mène d’une manière particulièrement habile son bateau, il nous guide exactement là où il veut, et ce thriller psychologique nous angoisse et nous tourmente, nous faisant rentrer dans l’intrigue à corps perdu… On sursaute, on se désespère, on reste hébété… Tout comme le personnage.

L’atmosphère d’Ouvre les yeux est d’une noirceur incroyable. On suit le point de vue de César, un point de vue qui oscille du pessimisme à l’incompréhension la plus totale, sans jamais être totalement positif. Le seul rayon de lumière dans cet océan de noirceur, c’est le visage de Sofia et son sourire qui s’illumine, comme un soleil dans la nuit.

A noter : Ouvre les yeux sera adapté aux Etats-Unis en 2001, repéré par Tom Cruise, qui produira et interprètera l’adaptation intitulée Vanilla Sky, de Cameron Crowe. Pour ma part, cette adaptation est fidèle à un point qu’on se demande l’intérêt même d’un nouveau film, à part peut-être pour faire connaître ce brillant scénario au monde entier.

Année: 1997

Production: Las producciones del Escorpion

Distribution France: AFMD

Laisser un commentaire