La sortie du prochain film d’Alejandro Amenabar est annoncée en France pour le 6 janvier 2010 (déjà sorti début octobre en Espagne, ah la bande de chanceux !) que je me demande déjà comment je peux attendre encore un mois. Il s’agit d’Agora, un film avec Rachel Weisz, sur la vie de Hypatie, une femme philosophe dans l’Egypte romaine. Est-ce que les critiques sont bonnes ? Pas la moindre idée, je me refuse à les lire.

Mais c’est le petit génie du Nouveau Cinéma espagnol qui est au commande alors j’irai quoiqu’il arrive.

Pourquoi donc autant d’éloges pour ce jeune réalisateur espagnol de 37 ans ?

En France, il a peu marqué le Box Office, à part peut-être avec Les Autres, réalisé aux Etats-Unis, et avec la belle Nicole Kidman, et Mar Adentro, tourné en Espagne, avec Javier Bardem et Belen Rueda.

Il est intéressant de voir que sur une filmographie de 5 films, Amenabar a tourné aux Etats-Unis dès le troisième, signe de confiance de la part de nos amis américains à la politique d’investissement assez frileuse (le film est en fait co-produit par deux sociétés de production espagnole et la boîte de production de Tom Cruise).

Mais dans le petit monde international du cinéma, les grandes nouvelles et les immenses talents circulent vite : la vingtaine à peine entamée, le petit Alejandro réalisait déjà Tesis (1997) avec Eduardo Noriega et Ana Torrent. Une fois qu’on a vu Tesis, on n’a même pas besoin de connaître la pluie de récompenses qui a accompagné son succès commercial.

Car Tesis, mi-thriller psychologique, mi-snuff-movie, a remporté 7 Goyas en 1997 (les Goyas sont l’équivalent de nos Césars), dont ceux du meilleur nouveau réalisateur et meilleur film. Pas mal pour un premier long-métrage !

Tesis, c’est le genre de film qui ne paie pas de mine, qui se déroule dans une université et qui renifle donc le film d’horreur pour ados atardés. Oui, mais c’est sans compter sur le talent inné du jeune Alejandro qui mène le jeu, grâce non seulement à un scénario suffisamment bien écrit pour garder l’attention du spectateur (on remercie aussi Mateo Gil, le copain scénariste d’Amenabar qui signera avec lui ou sans lui le scénario de chacun de ses films), mais surtout par l’ambiance angoissante qu’il installe : est-ce un rêve ? Est-ce un film ? Amenabar joue au plus malin dans ce film au succès amplement mérité.

Un petit conseil néanmoins : ne regardez pas Tesis un soir où vous êtes seul(e)…

Voir ma critique en détail de Tesis

Voici venu le temps de Ouvre les yeux, avec Eduardo Noriega à nouveau, et Penelope Cruz.

Un film à la fois sombre, plongeant des les méandres du subconscient, comme une enquête psychologique rudement bien menée, maîtrisant l’art du flash back déconcertant. On y suit la vie de Cesar, un jeune homme qui semble avoir tout pour lui, et qui se retrouve défiguré dans un accident de voiture, provoquant son repli sur lui-même et des délires psychotiques…

Le film n’est jamais aussi simple qu’on le pense, il ne se laisse pas lire facilement, pour mieux nous perdre et nous surprendre, comme des marionnettes guidées par leur maître. Un scénario totalement génial que l’on doit aussi à Mateo Gil, des acteurs talentueux et une réalisation bien menée qui nous plonge dans l’ambiance lugubre du film sont les éléments qui font de ce deuxième film un succès.

Voir ma critique en détail de Ouvre les yeux

A noter : le film aura tellement de succès que la boîte de production de Tom Cruise l’adaptera par la suite aux Etats-Unis avec (je vous le donne en mille) Tom Cruise dans le rôle principal, et Penelope Cruz qui reprendra son rôle, sous la direction de Cameron Crowe. Ce duo (qui a l’époque le sera aussi à la ville) engendrera 100 millions de dollars au Box Office.

Amenabar n’est donc pas un total inconnu à Hollywood quand la même boîte de production Cruise/Wagner lui propose la réalisation du film Les autres, qui lui permettra de faire connaître son nom à l’international.

Il revient donc en Espagne avec une notoriété bien assise, et se lance sur un projet assez surprenant quand on considère ses premières œuvres, plus basée sur le décalage entre réalité et fiction/imaginaire et l’angoisse.

Cette fois-ci, le grand Amenabar trouve une autre angoisse à analyser, celle d’être enfermé dans un corps inerte et tétraplégique, dépendant des autres pour tout mouvement corporel, tout geste qui nous semblerait basique…

Ce film, c’est Mar Adentro. C’’est sûrement le film le plus abouti d’Alejandro, devenu grand autant par le talent que par la décennie supplémentaire. A 32 ans, il réalise un film qui ouvre la réflexion sur la mort, son véritable sens, sa relation avec la vie.

Vaut-il la peine de vivre quand on ne peut le faire comme on l’entend ? Est-ce qu’une simple survie vaut mieux qu’une mort par euthanasie, accompagné par ses proches et en toute dignité ?

C’est une question on ne peut plus adulte à laquelle s’est attelé le jeune réalisateur. Et on le remercie pour cet exercice merveilleusement réussi, tout en justesse et en sobriété, dont l’émotion n’a pas besoin d’être exagérée pour nous prendre à la gorge.

Ça ne lui suffisait pas au petit Alejandro de devenir un scénariste et réalisateur de génie, il fallait en plus qu’il soit compositeur de musique ! Et doué de surcroît !C’est grâce à son talent que l’atmosphère s’installe si bien dans Mar Adentro, tantôt pleine d’espoir, tantôt dramatique.

Voir ma critique en détail de Mar Adentro

Que voulez-vous de plus pour être convaincu qu’aller voir un film d’Alejandro Amenabar est un investissement 100% sûr ? 😀

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