Sin nombre. En français, sans nom. Anonyme donc. Ce film de Cary Fukunaga traite de ces anonymes, si loin de nous, qui cherchent à se faire une place meilleure dans ce monde. Plein d’espoir et d’images du rêve américain pour les uns, soif de pouvoir dans le quartier pour les autres.

Comme souvent dans les films qui tentent de dépeindre la misère d’un pays, ou d’une masse populaire, nous suivons plusieurs destins qui se croisent. Celui de Sayra, jeune hondurienne qui suit son père et son frère sur la route clandestine des Etats-Unis ; et celui de Casper, membre de la Mara, un des plus importants gangs latino.

C’est le genre de films qui vous fait relativiser. Vous arrivez avec vos petits ou grands problèmes et vous vous posez sur votre siège en velours rouge, dans votre cinéma, pour vous détendre. Et là, devant vos yeux, c’est la dure réalité qui s’affiche : à des milliers de kilomètres de chez vous, c’est cette réalité qui tracassent les individus, la mort, la pauvreté, la peur, la violence ; l’espace d’1h30, vous oubliez qui vous êtes, vos problèmes, vous vous fondez dans cette histoire magnifiquement racontée, que vous savez être une fiction, mais seulement lorsqu’on prend le cadre des individus ; car ces masses, ces souffrances générales sont belles et bien réelles.

Ce qu’on retire de ce film, c’est de l’espoir. L’espoir que les clandestins ont de trouver une vie meilleure : aller au Nord devient alors une métaphore de l’ascension sociale, comme s’ils se délestaient petit à petit des tracas de leur quotidien, de leur situation précaire et sans issue. L’espoir aussi de recommencer à zéro, d’effacer les erreurs du passé. Mais le plus grand espoir, ce n’est pas celui éprouvé par les personnages fictifs, mais le nôtre : ce film redonne espoir en l’être humain, sa force de décision, sa capacité de rédemption. Malgré les horreurs que l’on peut voir, le personnage de Casper, sur lequel le film est centré, nous montre une réalité beaucoup plus supportable, qu’on espère vraie, du fond du cœur.

Cary Fukunaga nous livre un film qui se veut réaliste dans les images, les scènes de violence; il nous entraîne dans une aventure individuelle follement irréelle mais qu’on aime suivre sans se l’avouer. Le réalisateur nous plonge dans une atmosphère à la fois sombre et pleine de suspense, grâce à des acteurs sûrement amateurs pour la plupart. Smiley, la jeune recrue des Mareros est saisissant de vérité, Casper représente parfaitement la résignation, et les autres mareros nous filent une peur bleue !

Sin nombre est le genre de films qui heurtent notre sensibilité pour mieux nous plonger dans l’angoisse de cette vie qui nous est inconnue, pour mieux dénoncer l’enfer latin. Une très belle réussite, un très bon premier film qui a bien mérité son prix du Jury au festival de Deauville.

Avec  Edgar Flores, Paulina Gaitan, Kristian Ferrer, etc.

Production: Creando Films, Canada Films

Distribution France: Diaphana Films

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