L’histoire de ce film se resume en une phrase: un groupe de candidats à un même poste dans une grande entreprise se retrouve parqués dans une salle, et doivent participer à un certain nombre d’épreuves visant à éliminer les candidats un par un, jusqu’à ce que seul le meilleur reste…c’est la méthode Grönholm, qui vise à recruter de manière peu orthodoxe des partenaires qui seront prêts à tout pour montrer leur motivation.

Le scénario, quoique simple dans son explication reste pourtant d’un machiavélisme bien plus complexe: le réalisateur argentin Marcelo Piñeyro nous propose un thriller psychologique, dépourvu de violence physique, mais horriblement sadique dans l’idée.

Le film, par sa mise en scène en huis clos, cloisonné entre une pièce de réunion, un couloir, et des toilettes, et des écrans de camera rappelant un Big Brother glacial de silence, nous plonge dans une atmosphere stressante et intense, comme si nous aussi étions soumis à ces épreuves dignes d’un Koh Lanta des ressources humaines!

Car on frôle l’expérimentation scientifique dans ce long métrage qui nous offre des décors aussi épurés de couleurs que d’objets, laissant place à la froideur de la technologie et des tailleurs noirs portés par les personnages qui servent de cobayes humains…pas une seule petite touche de folie dans ce décor, cette folie se retrouve plus dans les actes déments auxquels sont amenés les candidats au cours de cet entretien d’embauche pas comme les autres.

Cette méthode de recrutement sur laquelle le film est basée s’avère psychologiquement cruelle puisqu’elle est fondée sur une variante de la loi du plus fort, et de l’homme à abattre.. Ce qui est intéressant, c’est que les candidats se perdent dans ce jeu malsain proposé par des psychologues invisibles à l’écran, étant persuadés au début qu’ils doivent prouver leur capacité à travailler en groupe et s’accepter les uns les autres alors qu’en fait chacun devient de plus en plus égocentrique et individualiste, pensant d’abord à sauver sa peau, et tout signe d’altruisme devient alors une faiblesse.

Le film tourne en derision l’idée de la compétition acharnée en montrant ce que celle-ci peut réveiller de pire en nous, de plus animal, alors même que le but est de coller au plus près à notre civilisation, de décrocher un poste socialement prisé…

Écrivons un mot sur le jeu des acteurs, à la fois simple et réaliste, incarnant des candidats tout à fait probables, ni trop arrivistes, ni trop bien intentionnés…grace à eux la montée en tension se fait tout en finesse et permet une vision parfaite du fonctionnement psychologique des personages, relayés par une mise en scène voyeuriste, mettant à nu les candidats, puisque Pineyro va jusqu’à montrer les discussions aux toilettes!

Voilà donc une experience qui pousse la psychologie humaine jusqu’à ses limites, montrant que dans un milieu hostile qui implique une forme de survie (le poste recherché, pour lequel il ne peut y avoir qu’un seul élu, peut représenter métaphoriquement la lutte pour la survie de l’individu), personne n’est à l’abri d’un comportement particulièrement égoïste et asocial: l’altruisme a des limites!

Ce film de 2005 vient à nouveau apporter une preuve de la qualité du cinéma espagnol, sûrement un des plus dynamiques et originaux du moment. En espérant que les salles françaises s’ouvrent plus et plus longtemps aux films venant de chez nos voisins, que tout le monde puisse en profiter! A l’époque El método avait disparu des salles après seulement deux semaines d’exploitation…

En un mot: Voici un film brillant et original, qui donne des frissons dans le dos et des questions à se poser!

Avec Eduardo Noriega, najwa nimri, natalia Verbeke, etc.

Production: Tornasol Films, Arena Films

Distribution France: CTV International

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