Mais qu’est-il arrivé à Alejandro Amenabar, le petit génie du cinéma espagnol? Quelle déception que cet Agora, aussi plat que la Terre est ronde…

Agora nous retrace la vie d’Hypathie, philosophe et scientifique égyptienne, et contemporaine des conflits interreligieux qui soulevèrent alors Alexandrie jusqu’à en réduire sa fameuse bibliothèque en cendres et mettre la ville à feu et à sang.

Pourquoi pas, ai-je envie d’écrire; c’est un sujet comme un autre, qui laisse entrevoir un riche potentiel de costumes d’époque, de reconstitution de décors grandeur nature, d’action et espérons, d’émotions..

Mais autant être honnête: la vie d’Hypathie est sûrement remarquable et admirable sur le papier, dans les légendes populaires et la mémoire collective, mais dans le film d’Amenabar, elle est aussi palpitante que le tic-tac d’une horloge!!

Mais qu’est-ce qui a donc mal tourné dans ce projet pharaonnique espagnol? Pourquoi n’est-ce pas le chef d’oeuvre escompté? Peut-être déjà peut-on y voir une punition pour avoir tenté de se prendre pour Hollywood? Bon je vous l’accorde, c’est un reproche infondé, on ne peut pas reprocher au tandem Amenabar – Gil (le fidèle scénariste sans qui aucun des films d’Amenabar ne serait se ce qu’il est) ainsi qu’aux producteurs de Telecinco d’avoir voulu gagner plus d’argent en ayant une sortie mondiale. Mais peut-être tout simplement que les productions de type hollywoodiennes à gros budget ne réussissent pas à nos petits Alejandro et Mateo; il est vrai que quand on regarde leur filmographie bien que succincte, ils s’était jusque là contentés de situer l’action dans des lieux bien définis: une université dans Tesis, une vieille maison pour Les Autres, un lit dans Mar Adentro (on peut même aller jusqu’à parler d’une vie confinée dans un masque dans Ouvre les yeux) . Leur réussite alors tenait peut-être du défi à relever, de faire autant avec si peu. Mais peut-être aussi qu’Amenabar et Gil avaient tant réduit leur espace filmique et qu’ils en sont devenus claustrophobes et qu’ils se sont sentis obligés de nous asséner une gigantesque foule de de l’Egypte romaine?

Quoiqu’il en soit, le résultat est un film de qualité bien médiocre avec un rythme quasi inexistant, qui ne commence à nous entraîner qu’à la deuxième moitié du film; et encore, ce disant je reste respectueuse du maître, mon instinct me pousserait presque à dire que seule la mort d’Hypathie nous transporte et véhicule une véritable émotion.

Le film manque cruellement d’âme, malgré une bande originale pas mal du tout (Amenabar en est le compositeur et ne se rate donc pas sur tous les plans); les acteurs ne sont pas au meilleur de leur forme, Rachel Weisz étant la seule à tirer son épingle du jeu; par contre Max Minghella dans le rôle de Davus et Oscar Isaac dans le rôle d’Oreste sont insipides à souhait.

Peut-être que le problème réside tout simplement dans le fait qu’on a du mal à comprendre Hypathie et son obsession scientifique; on la cerne vite, car elle est dépourvue d’ambiguïté (c’est bien dommage d’ailleurs); mais personnellement je ne comprends pas un personnage qui préfère regarder les étoiles au lieu de poser les yeux sur la cruelle réalité qu’est celle des affrontements entre communautés religieuses. N’est-ce pas comme une fuite, alors qu’Hypathie nous est présentée comme une héroïne? Ce décalage entre la quête de la vérité scientifique et spirituelle de ce qui régit le monde est, on le comprend, un parallèle face à l’absurdité du « mon Dieu est mieux que le tien » puéril qui régit Alexandrie; mais sincèrement je me contrefiche des dialogues scientifiques ente Hypathie et son comparse scientifique, et après quelques minutes de ce film, je me contrefiche même des guerres de religion.

Allez, tous les plus grands réalisateurs ont des échecs dans leur filmographie! Alejandro, on oublie et on recommence!!

Avec Rachel Weisz, Max Minghella, Oscar Isaac, etc.

Production: Telecinco Cinema, Himenoptero

Distribution France: Mars Distribution

3 réponses à to “Agora, de Alejandro Amenabar”

  • J’avoue que j’étais tenté d’aller voir ce film car curieux d’en connaitre d’avantage sur Amenabar au vu de tes précédents articles. D’autant plus vu le budget énorme ça sentait le grand film… Mais après lecture de ta critique je crois que je vais l’éviter ! j’attendrais le dvd éventuellement ducoup…
    c’est un syndrome des films du moment non? gros budget = film mauvais? (ca rime en plus)

  • Beatrice says:

    Je pense que pour apréhender le talent du maître Amenabar, il faut voir Tesis (nickel dans les soirées films d’horreur entre potes!) car c’est son premier film et on salue un talent aussi prononcé dès le début! et bien sûr Mar Adentro, qui a obtenu l’oscar du meilleur film étranger 2005, une pure merveille.

  • Mar Adentro tu m’en avais parlé effectivement mais la pochette du DVD m’avait fait flipper 🙂 lol oui je sais…c’est très subjectif de juger un film via sa pochette ! Enfin bref je pense commencer par celui la pour découvrir et aller au delà de mon apriori 😉

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