Qu’est-ce qui cloche chez moi? Comment me suis-je retrouvée un soir à aller voir un documentaire sur un film inachevé qui date des années 60? Sincèrement, en entrant dans la salle, je me le suis demandée: j’avais semblait-il trente ans de moins que la personne la plus jeune déjà assise!

Eh oui, sauf que ce documentaire m’intriguait. Tout d’abord, il suit un projet d’Henri-Georges Clouzot, un des plus grands cinéastes  que le cinéma français ait connu; on doit à Clouzot des joyaux tels que Le salaire de la peur, Le Corbeau, ou forcément Quai des orfèvres.

J’étais curieuse de voir comment fonctionnait la géniale machine de Clouzot, comment se révélait sa créativité et quel type d’homme il était. Avouons-le, c’est la principale raison pour laquelle je suis allée voir ce documentaire. Je n’ai pas été déçue. Par le biais d’interviews d’anciens  artistes et techniciens ayant travaillé avec le réalisateur sur L’Enfer, nous apprenons comment  se comportait « le maître », nous découvrons son modus operendi. Plus, même, on apprend que la liberté octroyée par les studios américains derrière le projet a bien failli tuer Clouzot, et a bel et bien étouffé le projet dans l’oeuf. Le réalisateur à succès avait besoin d’être cadré tant ce projet l’obsédait, et tant il recherchait la perfection dans le moindre détail de la moindre scène.

Une autre bonne raison d’aller voir ce film, c’est pour admirer la belle, sensuelle et énigmatique Romy Schneider, à la fois douce et sage, puis tour à tour débauchée, folle, apeurée, au gré des visions délirantes de Marcel, incarné par Serge Reggiani. L’affiche m’intriguait, le film la sublime.

Mais la meilleure raison d’aller voir ce documentaire au final, c’est pour faire le deuil d’un projet titanesque qui n’a jamais abouti. Trop ambitieux, ou juste irréalisable? Les essais sont pourtant époustouflants. Pour dépeindre la folie de Marcel, on alterne entre une réalité « noir et blanc » et des fantasmes de couleurs vives, celle de la folie. La recherche esthétique est immense, les résultats magnifiques. Sincèrement, je suis incapable de dire si j’aurai vraiment aimé l’Enfer, eut-il été achevé. C’est un enchevêtrement d’images angoissées donc angoissantes, dérangeantes au maximum. Des visions plus psychédéliques les unes que les autres, des sons délirants et insupportables semblent se suivre sans fin. Mais ce que je peux dire, c’est que ces images, ces sons s’oublient difficilement, tels un feu d’artifices de scènes coupées, s’imprimant sur nos rétines époustouflées, se reflétant dans nos pupilles telles les lumières circulaires dans l’oeil de Romy Schneider, à la fois belles et horrifiantes.

2 réponses à to “L’enfer d’Henri-Georges Clouzot, de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea”

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