Je suis allée voir Les chats persans, car j’étais curieuse de voir ce que pouvait donner ce film iranien. Dès l’affiche, on est intrigué par cette image moderne et décalée d’une jeunesse dans ce pays où règnent répression et censure, comme un revival hippie en version orientale.

Les chats persans est à mes yeux en film qui avait tout du succès et qui laisse un sale goût de déception.

Tout commence bien avec ce jeune couple Negar et Ashkan, deux jeunes musiciens qui cherchent à monter un groupe et obtenir des visas pour partir faire une tournée en Europe et vivre enfin leur passion librement.

Grâce à eux, et à travers eux, on découvre un Iran beaucoup plus musical et moderne qu’il n’y paraît, avec des jeunes artistes à foison, tous bercés par de multiples influences occidentales, mais exprimant leur culture sans méprise. En anglais, en persan, la réalité du pays nous éclate aux yeux de toutes parts.

C’est le grand point positif des Chats persans, que d’arriver à retranscrire sous formes de petits clips musicaux une réalité instantanée de l’Iran et de ses multiples facettes, à la fois moderne et dynamique, et tout à la fois pauvre, insalubre et répressif. Chaque extrait de chanson est l’occasion de découvrir de nouvelles images, brèves, fortes, choquantes ou parlantes de ce pays. Ville, campagne, tout y passe. Mais c’est toujours court, et aucune chanson ne va jusqu’au bout, comme pour refléter la censure qui prive les artistes de leur liberté d’exprimer leurs angoisses spirituelles, leur ras-le-bol, qui les bride et les force à chanter à demi-mot.

On appréciera aussi la réalisation quasi documentaire, qui accentue cette impression de vérité, cet aperçu de la réalité iranienne : tourné caméra à l’épaule, l’image n’est pas lisse, et suit la pérégrination des personnages au plus près, dans leur tentative d’atteindre leur objectif : c’est presque un reportage sur les coulisses d’une tournée, nous emmenant dans les coins les plus privés, les lieux les plus secrets, les chemins les plus underground d’un système qui se développe en parallèle de la censure.

Subtilement, on nous présente la répression, mais sans jamais en faire le sujet principal, car c’est la musique avant tout, le simple plaisir de jouer et chanter, de pouvoir vivre de sa passion, qui est au cœur des Chats persans.

De prime abord, il semble que le film évite l’écueil du pessimisme le plus basique, dans lequel il serait simple de tomber lorsqu’on parle d’un sujet tels que le bafouement des droits de l’homme et la misère. Les chats persans donne envie de danser, de chanter, de rire aussi ! La bande son est génialissime, variée et en phase avec son temps, à écouter absolument. On notera particulièrement la prestation de Hamed Behdad dans le rôle de Nader, le baratineur de service, le roi des petites combines : c’est réellement un exploit de débiter autant de mots à la minute, comme si respirer n’était qu’une option ! C’est vraiment son personnage qu’on retiendra le plus de ce film.

Mais malgré tous ces points positifs, il semblerait que le scénariste du film ait fini par vendre son âme au diable avant la fin de l’écriture. Alors que pendant presque toute la durée du film, on évitait le fatalisme primaire, c’était pour mieux plonger dedans la tête la première dans les dernières scènes. A tel point qu’on cherche une cohérence, un véritable message de fond, un fil conducteur à ce long-métrage. Ne voulait-on pas nous présenter une jeunesse qui arrive à se construire malgré les interdits, qui le dépassent pour mieux se surpasser et se construire ? Ne comprenait-on pas que tout était encore possible, même dans les situations les plus désespérées ? Eh bien apparemment non, le but du film semblerait être de nous faire sortir de la salle déprimé, en deuil d’un Iran condamné, dont on saluait pourtant la vitalité de la nouvelle génération quelques instants plus tôt.

Pour conclure, cette fin trop brutale est décevante, et nous ferait presque oublier tout ce qu’on a aimé du film auparavant. A se demander si le jury du festival de Cannes a bien vu le film en entier avant de lui décerner le prix « un certain regard »… un certain regard vaincu.

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