Il est fascinant ce Woody Allen, dans tous ces films il arrive à donner la part belle aux bavardages incessants ! Sauf que cette fois-ci, ce sont des personnages fictifs qui se lancent dans des élucubrations farfelus comme on adore!

Cécilia est une serveuse maladroite, qui ne vit que pour les films qu’elle va voir au cinéma. Entre un mari qui l’utilise et qu’elle n’a pas la force de quitter, les petits boulots qu’elle doit cumuler, le cinéma, où elle est une habituée, représente son havre de paix, son home sweet home… Le jour où la rose pourpre du Caire sort, elle tombe amoureuse du film, et va le voir cinq fois. Mais à la cinquième, un événement des plus étranges survient… voilà le personnage de Tom Baxter, aventurier idéaliste et follement romantique, qui s’interrompt soudainement dans sa réplique, et s’adresse à Cécilia, depuis l’autre côté de l’écran ! Et le voici qui sort de  cetécran, pour emmener la belle loin du cinéma, devant un public interloqué !

Woody Allen s’amuse avec le rêve et la réalité, ici mélangés à souhait dans un va-et-vient farfelu et drôlissime. Sur un principe original de conte de fée moderne, il réduit à néant les règles de la logique, pour proposer une mise en abîme du spectateur de cinéma qui part allègrement en cacahuète ! Quel rêveur ne souhaite pas secrètement rencontrer son personnage préféré ? Au lieu d’insister sur le fait que Cécilia fuit la réalité, Allen présente un personnage fictif qui fuit sa fiction !

Et que se passe-t-il quand le rêve devient vrai ? Un véritable branle-bas de combat s’active, pour restaurer l’ordre et que chacun reprenne sa place d’un côté ou l’autre de l’écran ! Les producteurs et acteurs sont inquiets, les personnages, en attendant le retour de Baxter tergiversent en long, en large, et en travers, refont le monde, ou plutôt leur tout petit monde, coincés dans une scène du film, en huis-clos interminable, reflétant ainsi l’aspect superficiel du cinéma, tel un miroir aux professionnels qui s’affairent pour sauver les apparences.

Avec humour et cynisme, La rose pourpre du Caire est une donc autodérision acerbe du Star System et du milieu hollywoodien, arriviste et égoïste, mais réalisée avec panache et subtilité; à cela s’oppose une Mia Farrow en parfaite petite ingénue, qui aspire au bonheur, ou du moins à fuir sa petite vie, sans jamais y parvenir seule ; Tom Baxter représente alors une nouvelle perspective… Tout en restant ancré dans une dure réalité, le film permet aux rêveurs de s’envoler quelques instants, pour mieux atterrir à la fin, plus brutalement, plus amèrement.

Woody Allen maitrise à la perfection l’art du film d’époque et la retranscription des années 30, habillée d’une musique entraînante et gentiment désuète, avec un air à la fois nostalgique et émerveillé, emprunt pourtant d’une douce mélancolie.

Pour tous les amoureux de cinéma, à voir ABSOLUMENT!

1985. Avec Jeff Daniels, Mia Farrow, Danny Aiello

Production: Orion Pictures

Distribution France: Twentieth Century Fox

3 réponses à to “La rose pourpre du Caire, de Woody Allen”

  • Zhealy says:

    J’avais adoré le voir.

    J’ai eu l’occasion de voir la quasi intégralité des films de Woody Allen il y a 2 ans dans un cinéma d’Art&Essai de Lille.

    C’est triste, naïf, il y a beaucoup d’humour aussi.

    C’est un film qui te dit: « Bienvenu(e) dans la vraie vie, son cynisme, sa bassesse » et qui détruit les illusions de prince(sse) charmant(e) que l’on peut avoir!

    Woody Allen a tourné pas mal de films avec Mia Farrow, c’est une actrice qui a un charme particulier et que j’apprécie beaucoup.

    Il existe aussi un film avec elle, où elle est mariée à un homme très riche, est un peu coincée, et reçoit un jour un filtre pour devenir invisible. Elle va prendre un amant, et changer du tout au tout. Ce film dénonce l’enfermement social, l’apparence à garder à tous prix ( couple modèle, 2 enfants, etc face au mari infidèle dans son bureau…).

    Je l’avais beaucoup aimé aussi. Je te retrouve les détails…

  • Zhealy says:

    Le film:
    Alice,
    de Woody Allen,

    avec Keye Luke, Cybill Shepherd, Judy Davis, Alec Baldwin, Joe Mantegna, Willliam Hurt, Mia Farrow

    1991

    Tout comme Hannah et ses soeurs, le Rêve de Cassandre, Crimes &Délits, Manhattan, Annie Hall ( formidable film), Guerre& Amour, Woody et les robots ( pour ces 2 films, je riais aux larmes, c’est génial)…

    Chez Woody il y a du très bon, et du très mauvais, il faut simplement s’y faire:P

  • Beatrice says:

    J’avoue ne pas avoir vu tous les films de Woody Allen (en même temps y en a tellement…) mais je suis d’accord certains peuvent être bon, d’autres beaucoup moins; après, en général je suis assez fan! Mais celui-ci…vraiment une mention spéciale!
    Je suis d’accord le film ramène vraiment sur terre, mais je pense qu’on est comme le personage, l’espace de 2 heures, on veut voyager, espérer, tout oublier, et quand ça se termine, on revient à la réalité… mais Woody Allen est parfois un maître pour appuyer là où ça fait mal, sans qu’on le voie venir!

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