the cut1Fatih Akin est de retour avec un film, ô grande surprise, sur la Turquie. Mais voilà, cette fois-ci, sur le génocide arménien.

Nazaret Manoogian est un jeune forgeron, doué, heureux, avec une femme et deux belles filles qu’il aime et qui l’aiment. Tout semble aller bien pour lui malgré la première guerre mondiale qui sévit en toile de fond… jusqu’au jour où l’armée ottomane vient retirer tous les hommes arméniens de leur famille et les réduire en esclavage pour ensuite les tuer au fin fond du désert. Ce qui arrive à Nazaret, arraché à sa famille, sa femme et ses deux filles, sans une véritable chance de dire au revoir. Il sera sauvé in extremis, par un jeune turc refusant l’horreur du génocide et fera semblant de l’égorger… mais cette supercherie qui lui laissera la vie sauve, est aussi responsable d’une blessure à la gorge : à partir de là, Nazaret sera muet, et on le suivra sans un mot lors de son périple.

the cut3Ce que j’aime bien dans The Cut, c’est justement la facilité avec laquelle l’histoire passe malgré l’absence de parole du protagoniste. Un joli tour de passe passe de la part de Fatih Akin, qui en prime nous offre une belle destinée personnelle au lieu d’un film purement historique et funéraire sur le génocide. La dureté du génocide est abordée bien entendu, mais le réalisateur préfère saisir l’espoir à travers l’épopée du forgeron sur les pas de sa famille. Nazaret traversera ainsi désert, montagnes, villes, et même pays voire continents pour retrouver sa famille, dans une poursuite apparemment sans fin de la diaspora arménienne. Il nous montrera des lieux uniques, des paysages à couper le souffle, de la chaleur insupportable des pays orientaux au froid de l’hiver américain ; Une manière subtile de nous expliquer l’exil des arméniens après le génocide, sans nous faire un cours d’histoire didactique et trop explicite. Touche par touche, on comprend, on apprend. Joli.

the cut2Mais ce joli essai n’est malheureusement, à mon goût, pas transformé. La fable pleine d’espoir s’essouffle après quelque temps. Premier détail qui ne colle pas. Sympa Tahar Rahim, il passe bien à l’écran, joue bien les muets expressifs, mais alors qu’il doit jouer un père de famille sur une quinzaine d’année, il paraît toujours aussi jeune, plus jeune que ses enfants au bout d’une moment !…pitié sortez le maquillage, rajoutez-lui quelques rides qu’on puisse y croire, car les trois cheveux blancs qu’il nous montre ne sont largement pas suffisants pour entériner sa crédibilité !
La musique aussi, qui façonne l’atmosphère moderne du film, est très originale, mais pas assez développée. On aurait aimé plus de sons différents, plus de morceaux. Mais comme à l’image du film, la bande son n’est pas assez travaillée, pas poussée au perfectionnisme qu’on aurait tant aimé.
Quant à la longueur de film, elle se ressent assez vite, non pas dans le rythme, mais dans l’essoufflement de l’histoire, un trop grand voyage qu’on n’est pas forcément tous prêts à faire ou juste suivre.

C’est bête, on aurait bien voulu être embarqués.

Avec Tahar Rahim, Simon Abkarian, Makram Khoury

Production: Bombero International, Pandora FilmProduktionen, Jordan Films, Corazon International; coproduction: Pyramide Productions, Dorje Films, Mars Media Entertainment

Distribution France: Pyramide Distribution

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