the voicesCe n’est pas sur un film de serial killer qu’on aurait attendu de la part de Marjane Satrapi, auteur-dessinatrice et réalisatrice du fabuleux Persepolis. Pari risqué pour la franco-iranienne, mais pari réussi. Car The Voices, est sans contexte un excellent film hors des sentiers battus.

Jerry est ouvrier dans une usine de baignoires dans la petite ville américaine de Milton. Sa petite vie tranquille se résume à son travail, ses rendez-vous chez la psy, et ses conversations avec Bosco et Monsieur Moustache, ses deux meilleurs amis…son chien et son chat. Eh oui, derrière son sourire angélique, sa bonhomie inscrite dans chaque trait, Jerry est schizophrène. Tout va bien, jusqu’au jour où Jerry rencontre Fiona la British sexy du service comptable, dont il tombe éperdument amoureux. Et sur un honnête malentendu, Jerry tue Fiona…ce qui commencera une spirale dans laquelle Jerry, gentil psychopathe au bon fond, s’enfoncera.

the voices2On sent la patte de la dessinatrice dans ce film, dont l’image est ultra travaillée, puisque l’état d’esprit de Jerry, où tout est plus fort, plus extrême, transparaît à travers ce travail de l’image, des couleurs, des lumières, des plans. L’enchaînement des séquences, opposant la vie du protagoniste à celle des autres gens, sa vision de son univers et celle des personnes extérieures, nous permettent de prendre la mesure de la folie du personnage.Tout est étudié au moindre détail prêt. C’est je pense pourquoi il est rare de voir un film qui dépeint si bien le mal dont souffrent les schizophrènes, sans tomber dans le pathos ou le cas d’études.

 

the voices1The Voices est à l’image de la vie de Jerry, entre explosions de couleurs pastel, musique pop vintage et joie extrêmes, souvenirs sombres et refoulés, et thriller oppressant. On navigue d’un genre à un autre d’une manière extrêmement naturelle, et on rentre dans cette petite routine où les frontières entre réalité et hallucinations sont floues, où le bien et le mal se confondent. Il est difficile de ne pas aimer le personnage de Jerry, tellement adorable, pris entre ses deux animaux de compagnie ange et démon, aux conseils contradictoires, et lui, piégé au milieu de cette relation chat et chien personnifiée. Et c’est ça, ce qui est terrifiant dans The Voices: on met très longtemps avant d’accepter que Jerry puisse être notre pire cauchemar…

the voices3Ryan Reynolds était sûrement le meilleur choix possible pour ce film. Dès les premières minutes du film on en est convaincus. Avec son petit air si naïf, si mignon (choisir un des « sex symbols » les plus à la mode à Hollywood renforce encore plus cet impression) on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Personne ne paraît aussi inoffensif que notre petit Jerry. Et pourtant, subtilement, Reynolds sait nous montrer sa part d’ombre, nous laisser deviner l’étendue de son côté obscur sans jamais en faire démonstration.

The Voices, est un film particulièrement intelligent, à la fois drôle et gênant. On commence par ne voir que le côté humoristique du film, puis la folie monte, progressivement, et commence à nous glacer le sang. Marjane Satrapi n’a clairement pas fini de nous surprendre, et j’attends son prochain défi avec impatience.

Avec Ryan Reynolds, Gemma Arterton, Anna Kendrick

Production: Mandalay Vision, Vertigo Entertainment, Studio Babelsberg

Distribution France: Le Pacte

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