Voilà le film socio-science-fictionnel de la rentrée.

Dans un avenir pas si lointain, un vaisseau alien débarque dans notre atmosphère et se place juste au-dessus de Johannesburg. Après une intrusion humaine dans le vaisseau, les extraterrestres, affamés et faibles, sont parqués dans des townships pour assurer leur survie et la sécurité des humains. 20 ans après l’arrivée des « Crevettes » sur terre, les humains, représentés par l’organisation MNU, tentent de les déplacer hors de la ville, dans un camp plus éloigné qui rendrait sa tranquillité à Johannesburg…

Rien qu’à lire ça, on peut déjà apercevoir un début de parallèle avec l’Apartheid, la ségrégation qui avait cours en Afrique du Sud jusqu’au début des années 90. Pas étonnant, me direz-vous, de la part d’un réalisateur du pays, dont c’est ici le premier film. Pas subtil, non plus, puisque les dix premières minutes écument, à travers un faux documentaire, tous les lieux communs de la ségrégation : on commence par nous dire que les aliens ont choisi de se placer au-dessus de Johannesburg au lieu de New York, puis on les parquent dans des townships, puis la criminalité se développe, des trafics se créent, etc. Quant aux humains, ils traitent les extraterrestres comme des simplets qu’on peut faire chanter, qu’on peut humilier, ou tuer sans aucune importance. Mais, ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Ah oui, le racisme étatique sud-africain d’il y a 20 ans. Quelle coïncidence !

Le point fort de cette analogie réside dans une certaine ironie : les plus grands profiteurs de cette situation sont maintenant des nigérians, noirs donc, dans les anciens townships où devaient être parqués leurs « frères » à l’époque de l’Apartheid. Sûrement est-ce une façon de dire que personne n’est à l’abri de la discrimination liée à la peur, celle de l’inconnu, de la différence. Aussi, en prenant comme sujet des extraterrestres laids et dégoutants à souhait (c’est en tout cas mon point de vue !), avec lesquels on a du mal à s’identifier au départ, Neil Blomkamp nous met dans la peau de l’autre, celui qui se croit supérieur et qui déshumanise vite ses actes barbares.

De tout temps, les arts ont voulu dénoncer des abus, des situations honteuses, le racisme, etc. On pense notamment à la chasse aux sorcières d’Arthur Miller, ou bien encore aux films réalisés sous la coupe d’une censure, qui arrivaient néanmoins à faire passer leur message… ça c’est en subtilité, tout en métaphores fines et justes ! Neil Blomkamp, lui, a tellement peur qu’une partie de son public ne comprenne pas de quoi il en retourne, qu’ils nous exposent toutes les clés en une énumération abrutissante ; Pitié, stooop ! Quelle insulte pour le public ! Mais quand on sait que District 9 est avant tout un film d’action, dont le public vient pour grignoter bruyamment son pop corn, on peut comprendre l’inquiétude du réalisateur, auquel ce sujet de trame tient à cœur (c’était déjà le thème du court-métrage qui l’a révélé).

De l’action, ça, pour sûr, on en a, et plein les yeux, plein les oreilles, ça pétarade à foison. De la violence aussi, ce qui semble aller de pair dans ce film, où l’on se croirait presque dans un jeu vidéo, avec des armes alien qui détruisent tout sur leur passage, et surtout tout le monde. Du gore aussi on en a, avec le sang qui gicle dans tous les sens. Mais c’en est rarement insupportable, car après quelques minutes ça en devient la norme. Ce qui surprend par ailleurs, c’est l’image, dégradée, qui donne une impression de film à petit budget, mais c’est volontaire puisque le film a suffisamment de budget pour se payer des effets spéciaux assez réalistes.

Pour résumer, District 9 oscille entre critique sociale et film d’action bourrin à souhait, et aurait peut-être mieux fait de choisir d’approfondir le premier thème d’une manière plus intelligente, en nous prenant moins pour des abrutis. Pourtant, hormis ce détail, c’est un bon sujet de science-fiction, traité de manière originale. On ne s’ennuie pas, et il faut mentionner tout spécialement l’acteur principal Sharlto Copley est aussi crédible en parfait niais qu’en combattant acharné.

On dit donc bonne idée originale de scénario, bons acteurs, bon style (sauf les Crevettes, pouark), bon rythme, mais pas si bien exploité.

On peut lancer les sondages sur District 10, une sequel qu’on peut largement envisager puisque les films d’actions qui font du chiffre ont toujours une suite, non ?

Pour ceux qui veulent revoir le dingo principal, il est pressenti pour jouer Looping dans l’adaptation cinématographique de l’agence tous risques!

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